LIVRE TRENTE-SEPTIÈME
viée à Texpialion de leur longue tyrannie sur les Égyptiens, sur les Arabes et sur les Turcs.
Méhémel-Ali avait combiné le massacre avec une astuce et un mystère favorisés encore par la disposition des lieux. La nature lui avait prêté le site de Pembuche. Une route encaissée , étroite, ardue, bordée d'un côté de rochers à pic, de l'autre de précipices et de maisons dont les terrasses dominent le sentier, semblable à un chemin couvert, conduit du Caire aux portes et aux cours de la citadelle, qui couvre le mont Mokatlam. Le palais du vice-roi est enfermé dans les murs de la citadelle ; l'armée de Toussoun-Pacha campait dans les casernes et dans les cours.
Méhémet, de peur d'ébruiter la vengeance de l'Egypte, avait donné le mot du meurtre au dernier moment à un petit nombre de généraux, suivis chacun pas à pas d'un confident plus afiidé et plus résolu du crime ; ces chefs étaient rassemblés depuis l'aurore sous ses yeux et sous sa main dans son divan. Lui-même avait promulgué d'avance la veille l'ordre démarche, dans lequel les schciks, les oulémas, lesmamlouks, les différents corps de l'armée devaient descendre processionnellement de la citadelle à la mosquée du Caire. Les delis, commandés par Toussoun-Ali , ouvraient la marche ; après eux
les janissaires, les scheiks, les magistrats, le clergé, K - Albanais sous lus ordres de leur général Salihkoclu t orps aussi propre au rôle de bourreaux qu'à Cl lui de soldais, venaient ensuite; les maniloub les suivaient sans défiance, montés sur leurs chevaux couverts de harnais brodés de pierreries, et escortés chacun d'un groupe de pages, de saijs et d'esclaves nubiens, luxe et faste de leurs maisons; l'intanterie et la cavalerie de l'armée de Toussouu, les armes chargées, accompagnaient, comme Tombre invisible de la mort, ces tristes nctimes sans presbcntinient de leur sort. La route creusée dans le roc vif présentait, rà et là, des tournants el des blocs avancés de rochers, qui ne permettaient pas à deui cavaliers de marcher de front sur cette corniche; aucune mameuvre, aucune évolution de cheval, aucun retour, aucune fuite n'était possible aui niamlouks précédés, suivis, dominés dans cetteembùche escarpée de la descente du mont Mokattam. A peine avaient-ils quitté la plate-forme de la citadelle pour occuper la place qui leur était assignée dans le cortège, que le général des Albanais Salihkoch, lit fermer les portes de la citadelle derrière eux et donna le signal du massacre à Tinfanterie qui les suivait et aux Albanais qui les précédaient. A cet ordre, Albanais et soldats s'élancent de la