‹ Histoire de la TurquieChapitre 302 sur 360 · LIVRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SEPTIÈME

route sur les rochers et sur les terrasses des maisons qui bordent la corniche, sur des escarpements inaccessibles aux chevaux, et de là, choisissant un à un les mamlouks entassés sous le canon de leur fusil, ils encombrent à loisir le défilé de cadavres d'hommes et de chevaux assassinés sans défense et sans fuite par leurs balles. Les mamlouks, au premier coup de feu qui les décime, tentent vainement de retourner leurs chevaux sur la corniche pour rentrer dans la citadelle; l'espace, l'encombrement, les chevaux qui se cabrent, les cadavres de ces animaux renversés les clouent sous le feu ; ils se précipitent à terre, jetant les pelisses qui les embarrassent pour tirer leurs sabres et mourir en combattant, ils ne trouvent pour ennemis que des portes fermées, des rochers inabordables, des terrasses couvertes de soldats abrités qui les fusillent.

Leur chef, Telfy Chaïm-Beg, tomba un des der- . niers en embrassant le seuil du palais de Saladin. Tous ceux qui gisaient, respirant encore sur la poussière, furent décapités par les Albanais, et leurs têtes dressées en pyramides dans les cours. Le corps de Chaïm-Beg fut traîné la corde au cou sur la route, comme celui d'un animal immonde. La citadelle et les alentours, dit un témoin, ressemblaient à un cirque sanglant après un combat de gladia-

leurs ; on marchait dans le sang ; les morts obstruaient les passages, les chevaux, richement harnachés, palpitaient encore couchés à côté de leurs maîtres inanimés ; les saijs, les serviteurs, les esclaves qui suivaient à pied les mamlouks, frappés des mêmes balles, expiraient près d'eux ; les armes brisées, les caftans souillés de sang et de poussière, les turbans, les poignards à manches de pierreries, les ceintures de cachemire, les pistolets damasquinés, jonchaient le sol et devinrent la dépouille du meurtre.

Un seul mamlouk , Amin-Beg, sur cinq cent soixante et dix, échappa, par un miracle d^audace et par le dévouement de son cheval arabe, au sort de sa race entière. Attardé dans les cours de la citadelle par un hasard de circonstance et cherchant à rejoindre les begs déjà engagés dans le défilé, il vit avec étonnement les portes se refermer tout à coup sur eux, et il entendit les premiers coups de feu et les premières clameurs du massacre. Pressentant à ces signes le sort qui l'attendait, il mesure de Toeil la hauteur du rempart de la citadelle sur la pente la moins escarpée du mont Mokattam, fait flairer le parapet à son intrépide coursier, qui comprend la pensée et la terreur de son maître, s'éloigne pour prendre de l'élan, revient au galop, franchitd^unsaut

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