LIVRE TRENTE-SEPTIÈME
regard d'Ibrahim-Pacha, et lui demanda son opinion sur son iils.
« Il a fait son devoir, » dit Abdallah, « et nous a avons fait le nôtre : ainsi Dieu Ta voulu ! »
Le vice-roi le fit revêtir d'une pelisse d'honneur, et lui destina la maison d'Ismail-Pacha, à Boulâq. Pendant l'entrevue, Abdallah tenait dans sa main une petite boîte d'ivoire en forme d'écrin. Le viceroi lui demanda ce que c'était. Il lui dit qu'elle contenait ce que Sooud , son père , avait enlevé au tombeau du Prophète. Il l'ouvrit: il y avait trois magnifiques manuscrits du Coran, garnis de rubis au dehors de la couverture, trois cents perles d'une belle dimension et une émeraude à laquelle était attaché un cordon en or. Méhémet-Ali lui fit observer que beaucoup d'autres objets avaient été pris au tombeau.
« Il est vrai, » dit Abdallah; « mais mon père « n'en a eu qu'une partie. Il y en a eu de vendus à c< l'encan ; une autre partie a été partagée entre « des schérifs de la Mecque, des agas et des scheiks « d'Arabes. »
« Il est de fait, » répliqua le pacha, c< que nous « avons trouvé de pareils objets chez le schérif « Ghaleb. »
En même temps il fit apposer son sceau sur la
boîte; Abdallah y mil aussi le sien. Le vice-roi lui dit de la garder soigneusement, et de la remettre à la Sublime-Porte lors de son arrivée à Constantinople, où il devait bientôt se rendre.
Après la conférence, le vice-roi descendit dans sa cange, qui l'attendait, et fit voile pour Damiette. Le 19, Abdallah partit pour Conslantinople, accompagné par des Tartares. Il avait à sa suite Sourrj, son khaznadar, et Abd-el-Aziz-ben-Selman , son secrétaire. Le vice-roi avait demandé sa grâce ; mais la po1iti({ue du divan fut implacable. Abdallah fut sacrifié au ressentiment d'un peuple fanatique. Ce prince, après avoir été promené pendant trois jours dans toute la ville, fut décapité sur la place de Sainte-Sophie, avec ses compagnons d'infortune.
Honteuse victoire sur un vaincu qu'une capitulation couvrait contre le supplice ! Les Wahabitcs moururent non comme secte, mais comme faction armée avec lui. Leur pur déisme, leur dogme ascétique, leur morale dépouillée de toute ombre de superstition vivent toujours sous les tentes du nedjed, dans les profondeurs du Désert et sous les ruines do Derreyeh.