LIVRE TRENTE-HUITIÈME
Il ya des mystères en morale comme il y en a en religion. Le droit d'insurrection d'un peuple contre les usurpateurs anciens ou récents de son territoire et de sa nationalité est un de ces mystères. Quel jour est-il un crime ? Quel jour est-il une vertu?
Y a-t-il une prescriplioh du temps contre la liberté?
Y a-t-il une désuétude du droit d'exister ou de revivre ? La conscience et la religion scellent-elles à tout jamais la pierre du sépulcre sur une race encore vivante ou déjà ressuscitée? La servitude éternelle est-elle un devoir? La conquête odieuse
au commencement, devient-elle légitime et sacrée à la fin ? Les patriotes qui s'arment contre les conquérants sont-ils (les rebelles ou des héros? La conscience doit-elle les condamner ou les absoudre?
Autant de questions mystérieuses répondues contradictoirement par les oppresseurs ou par les opprimés. Le christianisme, il est vrai, par son mot reniiez à César ^ semble trancher la question par réternelle obéissance à la force légale ou non ; mais le christianisme, dans ses pensées surnaturelles, sVcupaitdu monde invisibleet nullement du monde politique; la terre n'existait que pour être méprisée et foulée au pied comme une vile matière rebelle à Ti^sprit; il donnait le globe à qui voulait le prendre ; il n'y avait pour lui que des enfants de Dieu, respirant sur la terre, mais vivant déjà ou ciel ; toute législation politique lui échappait par le mépris qu'il faisait de la matière et du corps.
Et pourtant, lorsque César lui commandait de lui subordonner sa conscience et de servir le culte des conquérants, le christianisme, rebelle aussi h Ccsar, lui refusait Tobéissance et mourait pour sa liberlé. S'il désavouait l'insurrection des bras , il professait l'insurrection des âmes ; il plaçait de ses propres mains, toutes résignées qu'elles fussent, une borne à la tyrannie, et quand la tyrannie allait