LIVRE TRENTE-HUITIÈME
jusqu'à la conscience, il se révoltait et proclamait rindépendance de la mort.
Or, qui peut dire que la possession d'un peuple par un autre peuple n'empiète jamais sur les droits sacrés de la pensée, de Tâme et de la conscience du peuple possédé? Aussi la politique n'a-t-elle jamais admisni en théorie nien pratiqueraxiomeservilesur le droit de résistance à la conquête ou sur le droit de résurrection des peuples. La nature humaine a protesté dans tous les siècles contre cet axiome, et le christianisme, reconnaissant le droit naturel, a béni ce qu'il paraissait avoir condamné. 11 a renvoyé à Dieu ce qu'il y avait de criminel ou de saint dans les tentatives faites opportunément ou inopportunément par les patriotes pour aiïranchir leur pays, et le droit ou le crime d'insurrection a été jugé par les circonstances, par la morale, et non par les casuistes. Inexpliquable et inexpliqué, on Ta relégué avec raison au rang des mystères. Nous l'y laissons.
On a vu, dans le cours de cette histoire, que les Grecs, possesseurs antiques de la Morée, de TArchipel, de Constantinople et du littoral de TAâie- Mineure, incapables de défendre leur empire crou-
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lant (le vices et de vétusté, avaient été conquis et
assujettis par les Ottomans.
Dépossédés par les conquérants du droit politique, ils ne l'avaient pas été de ce qui constitue essentiellement l'existence d'un peuple, la religion, la nationalité, la propriété : ils n'étaient plus souverains, ils n'étaient plus citoyens turcs, mais ils étaient encore hommes, peuple et citoyens grecs. Soumis dans leurs villes, dans leurs villages, dans leurs îles, aux proconsuls ottomans dans tout ce qui concerne la vie politique, ils jouissaient dans la vie civile de tout ce qui constitue le droit commun des peuples civilisés. Us possédaient leurs temples, leur clergé, leurs patriarches, leurs magistrats locaux librement élus, leurs navires, leur commerce, leurs privilèges de chrétiens ou de grecs, garantis par des protections officieuses des nations étrangères à qui la Porte avait concédé ce patronage sur cette partie de ses sujets.
Malgré les violations et les avanies dont Finiquilé de quelques pachas les rendait de temps en temps etçîi et là victimes, leur nombre, leur richesse, leur crédit à Constantinople sur le divan, leur commerce surtout qu'ilsexercaientpresque seulsdans l'empire, leur aptitude nationale à la navigation, Texemption du recrutement et de l'esclavage les avaient rendus.