LIVRE TRENTE-HUITIÈME
et dans les îles, avaient maintenu seuls l'esprit militaire dans les clophtes et dans les matelots de ces contrées. Le génie grec était partout, mais Théroïsme grec n'était que là.
Le nombre de ces populations, belliqueuses par Dâture et par habitude, n'égalait pas leur courage. C'étaient des peuplades plutôt qu'un peuple, mais ces peuplades de la Morée et des îles avaient l'âme d'une nation. Les souverains d'une conquête jamais complètement acceptée, la mémoire toujours vivante de trois insurrections mal réprimées, le voisinage de TEurope occidentale dont l'esprit soufflait de près sur leurs âmes, l'espoir d'être soutenus par la Russie, les agents des Orlof, encore vivants dans les mon-' tagnes qu'ils avaient agitées en 1790, les flammes de l'incendie de Tchesmé, les prédications de leur clergé, qui leur montraient des frères dans les Russes, enfin le libéralisme de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne, de l'Italie, qui ressuscitait en révolutions ou en institutions populaire? partout sur les ruines du despotisme de Napoléon, secouaient jusqu'en Grèce les âmes impatientes de liberté.
Si l'empereur Alexandre, devenu, après l'invasion de la France en 1814, l'Agamemnon des rois de l'Europe, avait eu la perfidie de Catherine II, la Grèce, provoquée ou seulement encouragée par lui,
30i HISTOIRE DE LA TURQUIE.
aurait été depuis longtemps en insurrection contre Mahmoud. Mais, il faut le reconnaître, Tempereur Alexandre se refusait obstinément à provoquer et même à tolérer la révolte des Grecs contre le sultan. Ce n'était pas seulement Tincontestable probité de ce prince, c'était aussi sa politique qui s'opposait aux sollicitations des Grecs.
L'Europe occidentale avait eu deux mouvements distincts après la chute de Napoléon : un mouvement de respiration libérale, qui avait fait naître de la servitude, des trônes constitutionnels et des peuples libres, un mouvement de démocratie radicale qui se servait de la liberté représentative et de la liberté de la presse pour conspirer de nouvelles révolutions. Naples, Rome, le Piémont, l'Espagne, T Angleterre, la Russie, la France elle-même, à peine relevée de ses ruines par la main de la restauration, s'agitaient, menaçaient d'ébranler tous les trônes et de secouer tous les traités pour abuser des libertés monarchiques avant d'en avoir joui. Les souverains menacés s'entendaient, levaient des armées, se concertaient dans les congres de Troppau, de Laybach, pour aviser au salut des rois. La cause de toutes les monarchies semblait solidaire aux princes.
Susciter une insurrection en Grèce contre le sultan conquérant légitime, sinon maître Intime de