‹ Histoire de la TurquieChapitre 317 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

sorti des rangs des Ottomans eux-mêmes, Ali, pacha de Janina. Cet homme, un des caractères les plus héroïques et les plus astucieux à la fois des temps modernes, touchait déjà à Textrême vieillesse, sans que les années, les combats, les ruses, les crimes ou les voluptés de sa longue vie eussent amorti en lui Tambilion la politique, ou Taudace. Du sein d'une vallée de TÉpire et du fond de son sérail, il maniait les (ils de mille intrigues diverses avec les Ottomans ou les chrétiens, il balançait la puis^ sancc de son maître et tenait l'empire en suspens. On sait que la nature du gouvernement ottoman, exercé par des lieutenants presque indépendants du sultan sur des peuplades diverses de lois, de reli« gions et de mœurs, permet souvent Texistence de ces grands factieux employant contre leur souverain la force qu'ils ont reçue de lui, et faisant trembler le sérail après Tavoir fait triompher. Ces révoltes et ces indépendances éphémères troublent Tempire sans le démembrer. La sédition meurt avec le sédi-» tieux; il n'y a pas d'hérédité dans ces révoltes tou-^ jours marquées de respect et de déférence pour le sang légitime et sacré d'Olhman. Les provinces détachées ainsi et les trésors accumulés par les rebelles rentrent tôt ou tard au sérail. En Turquie, les factions sont viagères, et l'empire est éternel.

Ali-PachadeTébélen, étaitnédans cette peli te ville (le rÉpirc, d'où il prit son nom,^ d'une famille de celte race albanaise, grecque ou chrétienne d'origine j musulmane d'habitudes et de traditions , comme la plupart des Albanais. Vely-Beg, son père, dépouillé de sa part dans l'héritage de sa maison, par des frères cupides, s'était enrôlé parmi les clephtes, bandes permanentes d'aventuriers nomades qui, semblables aux condottieri du moyen âge ou aux bandits en Corse, sont indigènes en Albanie, école de guerre, de pillage et d'héroïsme, qui forme indifféremment des brigands ou des héros. Rentré àTébélen avec une poignée de ses compagnons, Vely-Beg avait brûlé ses frères dans la maison qu'ils lui avaient disputée, et reconquis son héritage dans la cendre et sur les cadavres de sa famille. Illustré et redouté pour cet exploit, il avait été nommé agade Tébélen, et il avait épousé la fille d'un beg nommée Chamco, femme célèbre par sa beauté sauvage et par son énei^e antique, et qui portait^ dit-on, dans son sang quelques gouttes du sang de Scîanderbeg. Ali et une fille nommée Chahiitza, naquirent de cette mère, qui leur

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