LIVRE TRENTIÈME
le rendit père de deux filles jumelles ; mais la naissance de ces dernières passa inaperçue et ne donna lieu à aucune réjouissance publique.
« Outre les deux fêtes du beïram et celles de la naissance du prince, de Vexposition du manteau du Prophète et du départ de la caravane des pèlerins pour la Mecque, on célébra sous le règne d'Achmet m, pour la première fois, la fête du printemps; les parterres de tulipes, situés dans le jardin dit des Buis du sérail, furent illuminés en verres de couleur. »
Nous décrirons^ plus loin c^tte fl||des fleurs où les parterres du Bosphore semblent^ à travers les urnes transparentes des tulipes , s'illuminer d'eux-mêmes du phosphore de la végétation do l'Orient.
Vers le même temps, les corsaires d'Alger apportèrent au sultan les clefs de la ville d'Oran, conquise par leurs armes.L'empereurdeMaroc,Muleï-Hassan, voulant éloigner de son empire les escadres réunies de Constantinople et des puissances barbaresques, envoya des ambassadeurs à Achmet III .
a Ces ambassadeurs,» disent les annales, «amenaient avec eux, comme un hommage, un jeune vu. 5
fils de Mahomet IV, père d^Âchmet, que sa mère, odalisque du harem, avait mis au monde pendant une traversée de mer en se rendant à la Mecque. Une tempête avait jeté sur la côte du Maroc l'odalisque et son enfant. La cour de Maroc l'avait fait élever en prince, destiné peut-être un jour au trône des musulmans. Le jeune fils de l'odalisque ne reçut, pour tout accueil en débarquant de Chio, que la prison ; l'ambassadeur fut renvoyé avec injure au Maroc. Il ne dut son salut qu'à ce principe de droit public ottoman, qui dit : auctm outrage ne doit atteindre les ambassadeurs.
« Muleî- Hassan, offensé de cette conduite, adressa au sultan une seconde lettre, conçue dans des termes moins soumis, et qu'il finissait en offrant à la Porte de lui prouver la légitimité du prince par titres authentiques. Cette lettre ne fit quebruer l'exécution de celui-ci, et dans sa réponse au souverain de Fez, la Porte déclara : « Que les i< augustes descendants d'Othman étaient inacces-» a siblcs à de semblables insinuations ; que les fils c( des sultans ne couraient pas le monde comme « ceux des autres princes, et que le bruit de l'exis- « tcnce d'un prince légitime n'avait d'autre fonde- « ment que les rêves d'une imagination fébrile ou a de vains discours. »