‹ Histoire de la TurquieChapitre 320 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

coup changeant de rôle et d'amis, il marchait à la tête de vingt mille hommes contre Passavan-Oghli, pacha de Widdin, que l'habileté de Rhigas avait fait déclarer pour les Grecs. Rentrante Janina, il y arrè^ tait le général français Rose, marié depuis peu par ses soins à la plus belle fille de TÉpire, et l'envoyait, enchaîné, mourir captif aux Sept-Tours.

Tout souriait à sa fortune. Moktar, son fils aîné, chargé du gouvernement pendant son absence, avait éveillé sa colère et ses soupçons par son amour pour une belle jeune Grecque de Janina. Ali éloigne son fils sous prétexte d'une expédition à conduire dans la Thessalie. Il pénètre la nuit chez la maîtresse de son fils, Euphrosine, l'accable de terreur, la fait conduire, chargée de fers, dans les cachots de son sérail avec quinze jeunes filles des premières familles de la ville, accusées de commerce criminel avec ses enfants, et les précipite le lendemain dans le lac, I^ sang des Grecs coule à grands flots dans ses provinces ; sa femme, Éminé, se jette à ses pieds pour implorer la grâce des chrétieas innocents; il l'accable de reproches, et tirant contre la muraille un coup de pistolet, il la frappe d'une telle terreur

qu'elle expire dans la nuit. Celle fois, il gémit des suites de sa fureur, et ne se pardonna jamais le meurtre de la mère de ses ûh, premier auteur de sa fortune.

Balançant politiquement son appui tantôt pour le divan, tantôt pour les janissaires pendant les longues luttes entre ces rebelles et les sultans, il s'avance jusqu'aux portes d'Andrinoplo avec quatrevingt mille hommes. Redoutable aux deux partis et les redoutant lui-même, il n'entre jamais à Constantinople, et s'y annonce tous les jours comme un fidèle soutien du trône; il fortifie sa capitale, et règne de là sur la Grèce tour à tour caressée et décimée. A son moindre signe, les chefs du Pcloponèse qui lui paraissent trop populaires tombent sous les balles ou sous les yatagans de ses Arnautes.

Saisi d'admiration dans l'incendie d'un village grec pour une jeune enfant de douze ans, nommée Vasiliki, qui le supplie d'épargner sa famille, il la relève, l'emmène à Janina, la fait élever dans son harem cl l'épouse.

Agé de plus de soixante ans à cette époque, et au sommet de sa fortune, une part de ses trésors,

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