‹ Histoire de la TurquieChapitre 321 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

habilement et secrètement distribuée à Constantinople par les agents que les pachas entretiennent à la cour, lui conservait la faveur des vizirs et des sultans. Ses deux fils, Vély et Moktar, étaient investis de gouvernements secondaires dans la Morée, dans la Macédoine et la Thessalie. Tout le Péloponèse était dans les mains d'une famille, dont le chef intrépide, absolu et mystérieux faisait, du haut de ses forteresses et de ses montagnes, espérer ou trembler les deux races, et négociait en outre surTAdriatîque avec les Français ou les Anglais, empruntant à tous des forces contre tous.

Cependant le sultan Mahmoud, convaincu de la nécessité d'extirper cet appui de Tinsurrection que toutes les rumeurs lui présageaient dans ses populations grecques, s'était décidé, avec l'énergie de son caractère, à une guerre ouverte avec Ali-Pacha, moins ruineuse, selon lui, à son empire, que ces ménagements ambigus qui laissaient grandir la rébellion. Ses armées, conduites par ses pachas les plus dévoués et les plus belliqueux, cernaient depuis deux ans Ali-Pacha dans ses montagnes, resserrant toujours davantage le cercle de villes et de forteresses dans lesquelles il était enfermé. Ali, tranquille derrière ses lacs, ses défilés et ses remparts, affectait, môme en combattant son maître, le respect

d'un esclave fidèle et méconnu, quelquefois vainqueur, quelquefois vaincu, endormant et corrompant toujours les vizirs et les pachas qui lui étaient opposés. Les Grecs, indécis sur le rôle déGniiif que prendrait enfin cet arbitre de leur liberté, voyaient en lui tantôt Texterminateur, tantôt le Macchabée de leur race.

Les proclamations et les émissaires d'Ypsilanti avaient donné au Péloponèse le signal et {^émulation de r indépendance. Un chef des premières insurrections avortées, retiré depuis plusieurs années dans Tile de Zante, et chez qui les années et l'exil n'avaient fait que mûrir l'héroïsme, Coiocotroni, dont le père, les frères, les proches avaient péri sous le glaive des Turcs, était descendu de nouveau sur le continent, et avait reformé ses bandes de bannis dans les montagnes. L'archevêque de Fatras, Germanos, orateur, pontife et guerrier, avait convoqué, dans les cavernes du monlErymanthey tous les chefs du clergé pour concerter avec eux l'insurrection de toutes leurs églises; il avait sommé les chrétiens de se séparer pour jamais des infidèles, et de se retirer avec leurs prêtres, leurs

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