‹ Histoire de la TurquieChapitre 327 sur 360 · LIVRE TRENTE-BUITIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-BUITIÉME

Pendant ces combats et ces massacres réciproques sur tous les flots et sur tous les rivages de la mer Egée, Kourchid-Pacha, à la tête de l'armée ottomane de TÉpire, bloquait, avec une moitié de ses troupes, Âli-Pacha dans sa capitale, pendant qu'il luttait avec l'autre contre l'insurrection du Péloponèse. Dans un assaut désespéré, le vieil Ali, qui se faisait porter en litière sur la brèche, au milieu du feu, avait triomphé et lui avait renvoyé ses prisonniers. « L'ours du Pinde vit encore, » avait dit Ali- Pacha à son ennemi, « tu peux envoyer a prendre tes morts pour les ensevelir. J'en userai « toujours de morne quand tu me combattras en a brave ; mais deux hommes perdent la Turquie, a c'en est fait de nousl »

Ali, sur de la fidélité incorruptible de ses soldats et de la solidité de ses remparts, semblait contempler avec une stoïque indifférence le feu qui dévorait Jes deux populations, sans l'atteindre luimême, et attendre le succès de l'une ou de l'autre cause pour se déclarer. Sa' sœur Chaïnitza venait de mourir; la jeune et belle Grecque Vasiliki, toutepuissante aujourd'hui sur son cœur, le consolait de

la vieillesse et de la tyrannie par cet amour qui survit comme Théroisme aux années dans les fortes races de TOrient. Bientôt, cependant, il fut codtraint d'abandonner son palais fortifié et sa capitale devant les assauts renouvelés et devant les forces croissantes des Ottomans, et de se retirer dans son château du lac de Janina. Là, entouré d^une ceinture de flots, de remparts et de canons, inexpugnable, logé dans une casemate à Tabri des bombes, les pieds sur ses trésors entassés dans les caves de son palais, servi par des esclaves fidèles, défendu par des mercenaires dévoués, aimé par une femme vertueuse et tendre, résolu à braver plutôt la mort qu'à capituler avec la fortune, il contemplait ses provinces et sa ville sous les pas de ses ennemis, se croyant sûr de les reconquérir, il foudroyait comme par délassement leurs camps et leurs redoutes, il exerçait encore son cœur et son bras dans des sorties victorieuses sur leurs cadavres, et il s'approchait du terme de sa vie en se cachant à lui-même la mort derrière la fatalité, la gloire et Tamour. «

Cependant le nom de la Grèce, sorte de religion

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