‹ Histoire de la TurquieChapitre 328 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

de rimagination chez les lettrés de TEurope, la conformité du culte, parenté d'âme entre les hommes, les exploits grandis par la renommée de ces dignes descendants des Miltiade, des Léonidas, des Thémistocle, les Botzaris, les Canaris, les Colocotroni, les Mauromichalis , les Tombasis, le$ odyssées, les comhats changés en martyres, les échos sonores de celte terre de mémoire, dont chaque' site porte l'immortalité dans son nom, les récits presque fabuleux de ces victoires remportées par des peuplades de pasteurs sur les armées d'un puissant empire, et des flottes du nouveau Xerxès incendiées par des barques de pêcheurs, les dévastations de sol, les migrations en masse, les égorgements de provinces, les incendies de villes, les pro^ diges de férocité d'une part, d'intrépidité de l'autre, dont les récits apportés par toutes les voiles poétisaient cette lutte désespérée entre les chrétiens et les Ottomans, popularisaient chaque jour davantage la cause de l'indépendance grecque en Europe. Tous les esprits assistaient avec admiration, sympathie et horreur à ce vaste combat de cirque où la liberté et la croix, abattues ou relevées tour à tour, semblaient faire lutter devant un monde chrétien les deux causes et les deux cultes qui se disputaient l'extrémité orientale de l'Europe.

Le sentiment pùblio, qui n'a d'autre politique que son émotion et sa pitié, comme les multitudes, répondait à chaque palpitation de la Grèce par un cri d'indignation ootitre ses bourreaux^ d'enthou* siasma pour ses martyrs. Jamais la cause de Tindé^ pendanoe américaine^ en 1785^ n'avait autant passionné la France que la cause des Hellènes passionnait en ce moment le continent chrétien. Ce sentiment, pour ainsi dire individuel, échappait aux gouvernements encore neutres et indécis, pour donner aui Grecs des enoouragements, des trésors, des munitions^ des armes ^ àè% auxiliaires. Des i^omités grecs se formaient dans toutes les capitales, votaient des subsides^ armaient des vaisseaux, recrutaient des officiers et des soldats^ publiaient des journaux, prononçaient des discours^ écrivaient des poèmes, multipliaient jusque dans le peuple des légendes en faveur de la cause populaire. La littérature tout entière, cette expression spontanée et irrésistible de la générosité irréfléchie et désintéressée du cœur des peuples, était, par une sorte de tradition filiale pour ces pères de la pensée humaine^ du parti des fils d'Homère, de Démosthène, de Platon. De simples citoy^s, tels que M. Eynard, de Genève, fiers de consacrer leurs richesses au berceau d'une nation encore indigente

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Bl de jeter leur nom aans les fondations de la liberté i'un peuple^ prêtaient des millions au gouverne-» ment libérateur. Les aventuriers courageux de U France, de l'Allemagne, de TAngleterre, las de Toisiveté d'un continent qui n'offrait plus d'oooà<f sion à leur bras, à leur fortune militaire ou à leur gloire, tels que le général Fabvier, se faisaient Jeter par des vaisseaux marchands sur la côte de la Morée et se dévouaient à la vie nomade des Maïnotes ou des Palikares, pour enseigner la guerre et la tacti^tque à des pasteurs. Lie plus grand des poètes modernes, lord Byron, sentant dans sa poitrine un cœur aussi héroïque que son imagination, s'arrà<^ chait à la fleur de ses années et à sa gloire, aux délices et aux voluptés de l'Italie et aux larmes d'une femme adorée, pour jeter son nom, son bras, sa fortune, sa mort, dans la cause désintéressée de la Grèce. Il équipait un navire, soldait des troupes, versait des subsides dans le trésor de l'insurrection, s'enfermait dans la ville la plus menacée, s'in* struisait aux combats et allait mourir pour le glo*rieux passé et pour le douteux avenir d'un peuple qui ne savait pas même son nom*

Enfin, l'opposition aux gouvernements, qui dans les pays constitutionnels adopte les causes, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont

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popolâirës'et hôbtflès'aiik gouTeniemetits, fiâUt retentir toutes les tribunes d'enthousiasme ]Riiir les Grecs, d'imprécations contre les Ottomans, de mépris pour l'indifférence des souverains qui abandonnaient des races chrétiennes au fer et au feu des musulmans. Ces mêmes hommes, qui avaient repoussé avec une si sévère éloquence la doctrine de Tintervention contre-révolutionnaire en Espagne, justifiaient de la même voix l'intervention révolutionnaire en Morée, et M. de Chateaubriand, qui venait d'accomplir lui-même cette intervention d'Espagne, maintenant tombé du ministère, et cherchant partout des griefs à M. de Yillèle, faisait à la tribune de la Chambre des Pairs des motions pour l'immixtion dans les affaires de la Grèce,

Mais déjà la France se prononçait d'elle-même avant son gouvernement. Le premier de ces soldats qui porta son nom, sa tactique et son rang parmi les insurgés de l'Achaie, fut le général Fabvier. Fabvier, à peine échappé de la tentative insurrectionnelle dans laquelle il venait d'échouer à la tête d'une poignée d'émigrés français, sur la Bidassoa, avait passé en Grèce. Son génie aventureux' et sans

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