‹ Histoire de la TurquieChapitre 334 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

se refusaient encore à les écouter. L'empereur de Russie, plus loyal que Catherine II, craignant d'encourager en Grèce le génie des révolutions qu'il avait juré d'étouffer en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, ajournait sa politique d'ambition pour obéir à sa politique de principe. M. de Metternich tremblait (^'ouvrir sur les frontières de l'Autriche les volcans d'opinion qui grondaient en Allemagne. La Prusse hésitait, comme toujours, entre l'Angleterre, l'Autriche et la Russie. L'Angleterre elle-même Yojdii avec ombrage la rfeuprection intempestive pour elle d'une nation dont le démembrement allait affaiblir la Turquie, ouvrir peut-ôtre les Dardanelles aux flottes futures de la Russie, et créer sur la Méditerranée une marine en concurrence à sa navigation commerciale. Enfin, la France, qui ne calcule pas, mais qui sent, flottait attendrie, mais indécise, entre sa pitié pour une race chrétienne et sa vieille alliance avec les sultans. Le moment approchait où son gouvernement, contraint par l'opinion publique, allait avoir à délibérer sur une seconde intervention , démenti impolitique, mais démenti magnanime à son intervention contre-révolutionnaire en Espagne.

Ypsilanti, entré au sortir de l'enfance à la cour de Russie, où, depuis l'antiquité, les Scythes ac*

cueillent les Grecs, s'élail élevé par la faveur de cette cour jusqu'au grade de général dans Tarmée russe. Il avait perdu un bras dans les combats d'Alexandre contre les Français, en Âllemangc. Jeune, brave, ardent, ambitieux autant et plus que patriote, nourri dans les salons et dans les camps de l'empereur , de cette fraternité traditionnelle des deux peuples qui montre aux Grecs les Russes comme des compatriotes du Nord, aux Russes les Grecs comme une branche de leur famille d'Orient, Ypsilanti, rêvant aussi pour lui-même une couronne tributaire, comme celle que la faveur de Catherine avait décernée à Poniatowski en Pologne, groupait autour de lui, d'abord à Vienne, puis en Bessarabie, toute l'élite de la jeunesse grecque, lettrée, libérale ou héroïque, dont il voulait former le foyer du patriotisme hellénique. Cette jeunesse avait pris dans son association secrète le nom iMwténsies ou des (Unis. On supposait, non sans vraisemblance, qu'une telle association, qui comptait dans son sein d(»s favoris et jusqu'à des ministres d'Alexandre, n'était pas désavouée au fond par cette cour, etPenvoi d'une flotte russe parla mcrNoireàConstantiuoplc, combiné avec un soulèvement du Péloponèse et des îles, ne laissait aux Turcs que la fuite en Asie. Le règne des Russes sur le Bosphore était le

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