‹ Histoire de la TurquieChapitre 335 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIËME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIËME

règne des Grecs rétablissant Tempire dans sa capitale, si longtemps usurpée.

Celte pensée ou ce rêve entretenait l'espérance dans le Péloponèse et dans les îles. La Grèce allait le tenter, l'Europe allait la servir. Jamais la fatalité, qui pousse les peuples aux résultats qu'ils soient le mieux et qu'ils redoutent le plus, ne se montre avec plus d'évidence dans les événements bumains, La Russie, maîtresse du Bosphore, de. Gonstantinople et de la Grèce, c'était la monarchie universelle de l'Europe, de l'Asie, de la Méditerra-^ [lée. N'importe, le cri de la liberté retentissait sur les montagnes de TÉpire, l'Europe allait lui faire écho et se précipiter tout entière contre $es propres intérêts sur la pente où penche le monde. La foi allait servir de prétexte à la liberté, et pendant que la philosophie moderne sapait ou réformait le christianisme en Europe, le libéralisme européen arborait la cause du christianisme en Grèce, et prêchait la croisade au nom de la révolution. Neuf années de guerre acharnée n'avaient lassé ni le patriotisme des Grecs, ni la résolution de Mahmoud. L'Europe liésitait à trancher la querelle.

La nouvelle de la bataille navale de Navarin éclata, tîn France, au milieu de la conflagration des partis, à la veille de la retraite de M. de Villèle, comme

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pour illuminer sa décadence d'un dernier rayon de la fortune. L'opinion publique^ avec raison, n'en reporta pas autant la gloire au ministre qu'à ellemême. C'était l'opinion en réalité qui avait fait feu dans la rade de Navarin sans ordre, sans prétexte, et, l'histoire doit le dire enfin , puisqu'elle est la conscience des nations sans loyauté, les amiraux européens qui commandaient la flotte anglaise et la flotte russe, combinées avec la flotte française, prirent sur eux cette gloire ou cet attentat. Il est juste de les laisser à leur mémoire ; voici les faits :

On a vu que par une convention entre les trois puissances^ la Russie, la France, l'Ai^leterre avaient pris l'arbitrage armé entre la Grèce et l'empire ottoman. La Grèce en ce moment, après avoir dévoré successivement les armées turques envoyées par le sultan Mahmoud pour la réduire à l'obéissance, succombait enfin sous les armées égyptiennes appelées au secours de l'islamisme, et commandées par Ibrahim-Pacha, vassal du sultan, et fils de Méhémet-Ali, pacha d'Egypte. Ibrahim, maître de la Morée par ses troupes, et maître de la mer par les flottes égyptienne et turque réunies dans la rade de Navarin, attendait, immobile, le résultat des négociations entre les puissances et le sultan, prêt à exécuter les conditions du traité qui interviendrait ^ et à

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évacuer ou à retenir le continent «•ne. In arniislice d'un mois, pour donner du temps aux négociations, avait élé conclu entre les parties belligérantes. Cet ummAce expirait le 20 octobre 1 827 . Aucune dédaration de guerre n'avait été adressée à la Porte; une paix tacite existait, au contraire, de fait et de droit, entre les puissances chrétiennes et le généralissime des forces ottomanes. Les trois amiraux Heyden pour les Russes, Codrington pour les Anglais, de Rigny pour la France, croisaient et stationnaient devant lescôtesde la Morée comme des témoins médiateurs, et non comme des ennemis, entretenant des rapports quotidiens avec Ibrahim. Ils lui imposaient seulement une temporisation et une cessation d'hostilités contre les Grecs, dans un intérêt d'humanité qu'Ibrahim comprenait et exécutait luimême en attendant les résultats de la négociation ouverte à Gonstantinople.

Pendant cette espèce de trêve tacite, la flotte égyptienne et turque combinée était à l'ancre, rangée sur trois rangs de poupes, formée en croissant et protégée par les forts de Navarin. Elle se composait de quatre-vingt-dix bâtiments, dont quatre vaisseaux de ligne, seize frégates, trente corvettes, matériel

et arsenal immense de tout rOricnt. Tahyr-Pacha la commandait. Seize mille Turcs ou Égyptiens la montaient. Imposante, mais pleine de sécurité, puisque la Turquie et l'Egypte n'étaient en guerre avec aucune des puissances navales de l'Europe, cette flotte s'était accumulée d'un seul côté de la rade de Navarin, comme pour laisser place aux flottes combinées des puissances dans une nier neutre. Cette condance laissait ainsi toutes les forces navales de l'Egypte et de la Turquie rangées d'ellesmêmes en immense bûcher, pour être allumé et incendié d'un seul coup par le feu de l'Europe. Efle n'était préparéo à aucune hostilité. Le généralissime Ibrahim lui-même, soit confiance dans le droit des nations, soit embarras de répondre seul aux sommations impatientes des amiraux, avait quitté pour quiilques jours son quartier général de Navarin, pour visiter ses corps d'armée dans le Péloponèse. Le premit^r délai imposé à la Porte expirait pour les [uiissances le 20 octobre, mais d'autres délais, nécessités par les distances et par les lenteurs d'une si épineuse médiation, avaient été admis en fait, et rien ne motivait, avant des déclarations for* m(ïlles et préalables d'hostilités, une agression soudaine et imprévue des amiraux européens.

Leurs trois escadres, entrées depuis quelque

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