LIVRE TRENTE-HUITIÈME
temps dans la rade, étaient venues mouiller, comme en pleine paix, en face, bord à bord, avec les vaisseaux ottomans, dont les principaux officiers étaient à terre, en entière sécurité. Les lois de la paix, les lois de la guerre, la neutralité, la loyauté, Thumanité, tout imposait aux commandants d^ ce? trois escadres une attitude digne, conforme sans doute aux intentions de leurs nations, mais inoffensive envers une flotte encore amie. Telles étaient les instructions écrites des trois amiraux ; mais, poussés par le souffle de popularité ardente. qui se* passionnait en ce moment dePesprit de religion, de liberté, et d'humanité pour la Grèce, impatients de se signaler par une apparence d'exploits k tout prix à la tête des forces navales chrétiennes, ces amiraux ne recevaient déjà plus leurs instructions que d'eux-mêmes. Ils comptaient sur la fàvëûr' publique pour justifier devant leur gouvernémëiît' et devant l'Europe un sang répandu, dont une 'victoire populaire couvrirait aisément la faute aux yeux de Topinion. Les instructions verbales ou tacites, reçues au départ par ces amiraux des fanatiques de la cause grecque à Londres, à Saint- Pétersbourg, à Paris, leur donnaient une latitude un encouragement à tout oser qui dépassaient instructions écrites.
L'esprit public débordait les gouvernements. Les trois puissances avaient formellement interdit aux commandantsde leurs escadres tout acted'agression; mais le duc de Clarcnce, depuis roi d'Angleterre, et alors grand amiral, en remettant à l'amiral Codrington les ordres de l'amirauté, lui avait dit en appuyant son mot d'un geste militaire : a Allez toujours, et tombez sur eux ! » La Russie avait trop d'avantage à se populariser par une éclatante intervention parmi six millions de ses coreligionnaires grecs en Europe et en Asie, pour afficher plus de scrupules; la France, plus intéressée que les deux autres puissances à ne pas anéantir sur la Méditerranée les forces navales d'une puissance amie, seul contre-poids aux flottes (le l'Angleterre ou de la Russie en Orient, avait remis son escadre à un officier jeune, ambitieux et renommé, heureux de l'occasion si rare d'illustrer à la fois son pavillon et son nom dans une cause où Ton pardonnait tout d'avance au courage.
In coup de feu de hasard ou prémédité, parti on ne sait de quel bord, au milieu de cette confusion (le cinq escadres dans une même rade, donne le