LIVRE TRENTE-HUITIÈME
rissaient une haine profonde. Netljib-Effendi était à sa campagne de Canlidjik; sa vie ne courut point de danger, mais on enleva de chez lui des dépôts qui lui étaient confiés par divers pachas et dont la somme se montait à plus dg huit mille bourses.
Par un heureux hasard , le grand vizir avait aussi passé la nuit à sa maison de Beglerbeg. Ses femmes^ en entendant le bruit des factieux qui se précipitaient en foule dans l'hôtel, se réfugièrent effrayées dans un souterrain situé au milieu du jardin. Elles échappèrent ainsi à leurs regards et à leurs violences. Ils pillèrent l'hôtel, s'emparèrent des effets précicuxy et d'environ six mille bourses d'argent.
Pendant ce temps, des janissaires se répandaient de tous côtés et parcouraient les rues en criant : a Mort aux donneurs de fetwas, aux écrivains juria diques, à ceux qui nous résistent, à toute personne a portant caouk (1) ! Nous prendrons leurs femmes a et leurs enfants; les garçons et les filles seront « vendus dix piastres la pièce, les habits cinq pias- « très. Que tous les marchands ouvrent leurs bou- « tiques ; si on leur vole un morceau de verre, nous c( leur rendrons un diamant en échange. Si un des
(1) C*est le bonoet des hommes de plume, des gens de loi et des fonctionnaires en coâtume civil.
a nôtres fait au peuple quelque avanie, nous le
« hacherons à Tinslant ! »
Ces voix tumultueuses, retentissant par toute la ville au point du jour, arrachèrent brusquement les citoyens honnêtes au repos et \es plongèrent dans Focéan de rinquiéinde.
Un poëte a dit : « 0 toi qui t'es endormi dans une douce sécurité, la catastrophe t'attend à ton réveil. » C'est ainsi que la nouvelle eflrayante de la rébellion interrompit le sommeil des fonctionnaires publics et desgi^ands de TÉtal. Elle parvint an grand vizir, dans sa maison de Beglerbeg, avec la rapidité de réclair. Le grand vizir prit à l'instant toutes les dispositions convenables. Il dépêche son frère et son intendant vers Hussein-Pacha et Mohammed-Pacha, pour leur dire de se rendre promplcment au sérail, au point nommé yalikevchk (kiosk du bord de l'eau \ et d'amener leurs troupes avec eux. Il monte dans s;) barque, et, se confiant à la Providence, il part seul avec son cafetier Osman-Aga. Arrivé au kiosk, il fait appeler Mohammed-Emin do Chypre, intendant des trésors du palais, qui, selon l'usage des officiers investis de cet emploi, couchait pendant Télé dans le sérail neuf. Il le charge d'aller porter aux pieds de Sa Haulesse Tannonce des événements qui se passent, de lui demander la permis-