LIVRE TRENTE-HUITIÈME
sion (le faire paraître le drapeau du Prophète, et de la supplier de se montrer aux troupes.
En môme temps, il fait avertir le muphti qui ne tarde pas à venir le joindre. Les pachas Hussein et Mohammed arrivent aussi au rendez-vous. Alors des messages sont envoyés aux docteurs (damchmènds), aux maîtres (khodjas) et aux étudiants, pour les appeler tous, dans cette grande crise, à la défense du trône. Le grand vizir fait passer des ordres aux ridjals de la Porte, aux officiers dé sa maison, à rintendant de Tarsenal, au général de Tartillerie (topdji-baschi), au commandant des soldats du train, au chef des bombardiers, au chef^des mineurs, pour qu'ils s'empressent d'amener leurs troupes au sérail.
Cependant l'intendant général, Hassan-Aga, qui était resté dans sa maison, en proie à l'inquiétude, avait vu successivement arriver près de lui les chefs de compagnie et quelques écrivaiçs, mutevellis et odabaschis restés iidèles au sentiment du devoir.
La plupart avaient passé par la place del'Etmeïdan et lui rendaient compte des progrès de l'insurrection. Il se rendit avec eux à l'hôtel de l'aga des janissaires. L'aga Djelal-Eddin avait disparu. L'intendant s'était installé dans l'hôtel et avait député le chef des écrivains, Raschid-Effendi, auprès des rebelles, pour leur dire d'expliquer leurs intentions.
Ils s'é/:rièrent d'une voix unanime : c Nous ne voo- « Ions point de rcxcrcice des infidèles; TancieD « usa^e d(!s janissaires est de tirer à balle sur des « pots de terre et de couper avec le sabre des roo- « leaux de feutre. Tels sont nos exercices militaires; « nous demandons la tête de ceux qui ont conseillé « Tordonnance. » Et ils désignèrent par leurs noms plusieurs grands foncUonnaires, plusieurs officiers de la cour du sultan. Ils renvoyèrent Técrivain avec cette réponse audacieuse. Hassan-Aga la flt porter aussitôt au kiosk du bord de Teau, parle même Raschid-EITendiy qui la répéta fidèlement au grand vizir en présence de tous les grands dignitaires. Le grand vizir fut saisi d'indignation : ce Le nouveau (c système militaire que nous avons adopté, » dit' il; « est conforme h la raison aussi bien qu'à la loi « religieuse ; il a Tasscnliment de tous les oulémas. « C'est pour Thonncur et la puissance de la monar- « chie ottomane que nous voulons le faire exécuter. « Nous ne souffrirons pas qu'il soit enlevé une seule « pierre de cet édifice sacré. Avec l'assistance de « Dieu, nous écraserons les rebelles; nous allons « tirer contre eux le glaive de la vengeance. Allei « liMir |)orlor colle réponse. »
Tous 1rs assislants approuvèrent ces paroles énergiques. L'écrivain partit. Le grand vizir et les per*