‹ Histoire de la TurquieChapitre 343 sur 360 · LIVRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HUITIÈME

sonnages rassemblés près de lui, quittant le kiosk, se transportèrent dans rintcrieur du sérail, au lieu nommé la Ménagerie, qui était le rendez-vous général indiqué. Bientôt les principaux oulémas, les professeurs et les étudiants accoururent en foule. Le général de l'artillerie (topdji-baschi), lecommandant des soldats du train (arabadji-baschi), le capitaine d'artillerie à cheval, Ibrahim-Aga, célèbre par ses exploits, et surnommé Vinfernal^ arrivèrent avec des canons. Ahmed-Aga, chef des huissiers de Tarsetial, amena les soldats de marine. Les mineurs parurent conduits par leurs officiers. Tous ces Gdèles serviteurs de TEtat, réunis dans les vastes cours du sérail, attendirent que Sa Hautesse vînt s'offrir à leurs regards.

L'intendant des trésors du palais, Mohamraed- Emin, chargé du message du grand vizir pour le sultan, avait volé à Bechik-Tagh , résidence de Sa Hautesse. Il instruisit le sultan de la révolte des janissaires, et lui dit que tous les amis dévoués de la monarchie, rassemblés au sérail, attendaient ses ordres pour marcher contrôles factieux, et espéraient qu'il viendrait leur donner, par sa présence, un gage assure de la victoire.

Aussitôt, le sultan commande de mettre en mer le bateau destiné à ses promenades. Tandis qu'on

prépare rembarcaiion, il expédie un de ses seniteurs intimes, Aboubekre-EiVendi, au grand vizir, pour lui demander quelques détails précis, et lui transmettre quelques ordres, dont l'idée venait de surgir à Tinstant daris son esprit éclairé par les lumières célestes.

Mais impatient de se présenter aux bra'ves défenseurs du trône, il ne peut attendre le retoar d'Aboubekre; il n'écoule que son ardent courage, suspend son sabre à sa ceinture, et monte dans le bateau où son ûdèle secrétaire, Mustapha-EQendi, prend seul place avec lui. Son silihdar (porte-glaive) et les autres officiers de sa cour le suivent dans des barques. On force de rames et Ton aborde bientôt au sérail, à la porte du Canon. Traversant ces lieux enchanteurs, véritable paradis terrestre, séjour des monarques ottomans , le sultan se rend à la vaste salle nommée Sunnet-Odacy (chambre de la circoncision). Partout sur son passage, il donne une vie nouvelle, et répand dans les cœurs le feu saicré de l'enthousiasme et du dévouement. Il fait venir le grand vizir, le muphti, tous les fonctionnaires et les oulémas réunis dans la ménagerie, et leur adresse la parole en ces termes :

<c Vous savez tous combien, depuis le jour de a mon avènement au trône, j'ai mis de soin et

LIVRB TRENTE-HUITIÈME. 365

« de zèle à servir les intérêts de la religion et à « faire le bien du peuple qui m'est confié par « la Providence. Vous savez surtout combien les «janissaires 9 dont les mouvements séditieux ont <if si souvent porté atteinte à ma couronne , ont « trouvé en moi d'indulgence pour des actes bien a capables cependant de lasser la patience la plus a dcbdhnaire. Pour éviter l'effusion du sang, je « leur ai pardonné ; j'ai fait plus, je les ai comblés a de faveurs. Enfin, sans y être forcés autrement « que par des bienfaits, ils ont pris l'engagement « de se conformer aux dispositions de l'ordonnance « nouvelle. Le refus qu'ils font aujourd'hui d'exécu- « ter leur promesse, la violation du contrat légal a signé par eux et sanctionné par toutes les autori- « tés civiles et religieuses, l'exaltation furieuse c( qu'ils déploient, les prétentions insolentes qu'ils « osent manifester, tout cela ne conslitue-t-il pas n une véritable révolte contre le souverain? Pour <c repousser ces traîtres, pour étouffer l'insurrec- (( tion, quelles mesures jugez-vous convenables? (( Quelle est l'opinion des interprètes de la loi sur (( l'emploi de la force des armes? »

Les oulémas répondirent unanimement : « La loi (( ordonne de combattre les factieux. Le Coran a <( dit : Si des hommes injustes et violents attaquent

€ leurs frères, combattez ces agresseurs et renvoyex-^ « les à leur juge naturel. »

Aussitôt les assistants s'écrièrent tous d'une voix : a Vaincre ou mourir, telle est notre résolution l a Dieu sera notre aide, et nous sacriûcrons, s'il le « faut, notre vie pour le sultan ! »

Au milieu de Tcnthousiasme général ^ le professeur Abderrahman-Eflcndi, emporté par l'excès de son ardeur guerrière, jeta vivement par terre le chapelet qu'il tenait à la main, en criant : « Qu'ata tendons-nous? courons tous aux ennemis, écra- « sons-lcs, foudroyons-les sous la mitraille ! »

Cette troupe de braves, animée de cet esprit d'union qui fait la force, après avoir prié le sultan de faire sortir l'étendard du Prophète, se disposait à marcher vers les rebelles, quand le sultan dit : a Et moi aussi je veux aller combattre au milieu a des vrais croyants, et punir les ingrats qui m'ofd fenscnt. » A ces mots, tous les officiers qui l'entouraient élevèrent leurs voix suppliantes pour le détourner de cette résolution. « Nous conjurons « Votre Hautesse, » dirent-ils, a de ne pas compro- <( mettre son auguste personne en se présentant sans a nécessité devant un vil ramassis de factieux. « Qu'elle déploie l'oriflamme musulmane, etselivre « tranquillement au soin de faire des vœux pour le

Page 1