LIVRE TRENTE-HUITIÈME
Les janissaires, qui avaient placé des avant-postes dans la grande rue du Divan et dans les cours de la magnifique mosquée de Bajazet, entendant ces cris unanimes du peuple, et apprenant que Toriflamme, ce signe sacré de la victoire, était sorti du sérail, et les dévouait à Textermination des fidèles croyants ^ se repliaient sur TElmeidan. Ils en fermèrent la grande porte et s'y barricadèrent comme dans une forteresse.
Avant de leur donner l'assaut, les généraux s'avancèrent à portée de la voix et les sommèrent de se soumettre au sultan, en leur promettant d'implorer sa clémence en faveur de ces soldats repentants. Une clameur injurieuse fut la seule réponse qui s'éleva de cette multitude tant de fois victorieuse des sultans et du peuple ; ces hommes ne pouvaient croire que leur jour suprême était arrivé; ils se croyaient encore prêts à donner eux-mêmes leurs caprices pour lois au sérail et à l'empire.
Hussein, ayant alors accompli, pour complaire au peuple, celle dernière tentative de conciliation, donna l'ordre aux canonniers de faire feu et d'en-
foncer les portes de la place à coups de canon. Le commandant des artillem^s, pour accroître par une ruse meurtrière la sécurité des janissaires massée derrière les portes et pour préparer plus de victimes h sa mitraille, éleva la voix assez haut pour être entendu à Tintérieur de TElmeidan, et cria à ses canonniers : « Non, ne lirez pas encore, car les « poudres que nous attendons ne sont pas arrivées.)) Les janissaires , li^ompés par ces paroles et croyant qu'ils pouvaient sans danger se grouper en masse derrière les portes d'où ils regardaient les pièces et insultaient les artilleurs, restèrent comme un vil troupeau parqué devant la mitraille. Le canon, en brisant la porte et les barricades, joncha de leurs cadavres la place où ils s'étaient accumulés. Moliiunmed-Pacha s'élance par cette brèche le pi*emior, avec une poignée d'artilleurs et llman ou aumônier du régiment, suivi, malgré le feu des janissaires, par la colonne entière du peuple et des soldats. Les janissaires voyant la place submei^ée do troupes, de peuple, d'armes et de canons, se ropliiMit en désordre sur leurs casernes, situées de Taulre ciMé de rKtmeïdan, on face des portes dilfoncées. Entassés au nombre de sept à huit mille dans colle fortoro>so. mais sans plan, sans chefs, san^ muuLlion>, >au< écho dans la multitude, ils