LIVRE TRENTIÈME
leur tente , Tabreuvèrent de lait de jument, le rappelèrent à la vie, et conçurent pour lui le r^sh pect et la soumission qu'inspirent les choses ce» lestes. Ce prestige qui environna Mazeppa, à soq apparition parmi les Cosaques, s'accrut et se pro* pagea de tribu en tribu par sa beauté , par 8Ciii courage et par la supériorité de son instruction sof ces barbares; attaché au service de Tbotman dei Cosaques, Samoliowitz, il fut jugé le plus digM du commandement de h nation entière, quand b| vieil hetman, déposé du trône après une gmvr^ malheureuse contre les Tartares » rentra dans l'obscurité.
Mazeppa, joignant la politique à l'héroïspie^ chercha dans la faveur du czar Pierre le Grand, qui venait de saisir l'empire des Russes, un allié plus puissant que lui contre les Tartares, les Polonais et les Turcs. Nommé par le czar, en récompense, prince souverain de l'Ukraine, où son cheval s'était abattu sous le proscrit, il leva une armée de soixante mille cavaliers cosaques, qui servirent d'avant-^arde et d'ailes mobiles aux Russes dans leur expédition contre Azof. Bientôt inconstant comme sa propre fortune, et ingrat comme l'ambition, il se ligua avec Charles XII, roi de Suède, l'ennemi du czar, quand la victoire parut désigner,
dans Charles XII, Theureux triomphateur des Russes. Trompé par les revers décisifs des Suédois à Pultawa, il feignit un zèle plus ardent que sincère pour la cour de Moscou, dénonça ses sujets au czar, le czar à ses sujets, s'embarrassa, comme tous les traîtres, dans ses propres ruses, et convaincu en6n de perfidie par les Russes et de trahison par ses Cosaques, il se réfugia, sans sceptre et sans honneur, à Bender^ en Bessarabie, n'ayant plus, des trois patries qu'il avait jouées par ses intrigues, qu'un asile pour mourir^ le territoire ottoman.
Tel fut Mazeppa, le héros vagabond des poètes, dont Byron a chanté le supplice et la fortune dans un poëme, homme dans lequel l'histoire ne peut voir qu'un semeur de troubles, un transfuge éternel et un perfide aventurier.
Vendu maintenant aux Turcs, après l'avoir été aux Suédois, aux Russes, aux Tartares, ce Polonais avait secrètement encouragé le khan des Tartares à attaquer les troupes du czar à Azof. Le grand vizir Ali de Tchorli espérait trouver pour le jour de la lutte deux puissants auxiliaires dans Mazeppa et dans Charles XII, généreusement accueilli à Bender.