‹ Histoire de la TurquieChapitre 36 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

a Je prendrai votre roi d'une main et mon sabre « de l'autre, » disait-il à l'ambassadeur de Pologne, Poniatowski, «et je conduirai moi-même Charles XII a à Moscou avec deux cent mille hommes. ^

La mort de Mazeppa à Bender, asile commun du roi de Suède et de l'hetman des Cosaques sans patrie, suspenditl'ardeur du grand vizir. Lesmenéesde l'intrigant Poniatowski, à Constantinople, et son intel-« ligence avec la sultane Validé, avec le jeune kislaraga, favori tout-puissant sur l'esprit d'Achmet III, et avec l'aga des janissaires, préparaient la chute d'Ali de Tchorli.

Un Grec payé par Poniatowski pour arborer devant le prince le signe désespéré de ceux qui ont des requêtes dédaignées à présenter aux sultans, se présenta un vendredi sur son passage au moment où il se rendait à la mosquée. Le suppliant élevait au-dessus de sa tête une natte allumée, symbole des reproches de la terre montant en flammes vers le ciel. Le sultan s'arrêta pour recevoir la supplique. C'était une accusation hardie contre la politique du grand vizir ; le sultan l'emporta, la lut et la communiqua à son favori Ali Koumourdji, devenu silihdar aga. C'était interroger la haine et l'envie sur la calomnie.

Damad Ali Koumourdji, ou le cbarbonmer, avait sur son maître le même empire absolu que le berger de Magnésie avait autrefois conquis sur le grand Soli«* man. Rencontré par le sultan dans une de ses chasses au fond d'une forêt où son père brûlait des branches pour faire du charbon, qu'il portait au marché da Constantinople^ le jeune Âli avait attiré les regards d'Achmet III par sa merveilleuse beauté, et charmé son esprit par la naïveté spirituelle de ses réparties. Placé et élevé parmi les icoglans, pages du sérail, Koumourdji, toujours désigné par le surnom qui rappelait l'humble profession de son enfance, avait grandi dans l'intimité du sultan. Protégé par la sultane Validé, ménagé par les ministras, élevé pré-i maturément au poste de confiance de silihdar, Ali^ Koumourdji, trop jeune encore pour aspireràla place de grand vizir, jouissait d'élever les ministres ou dq les détruire presque à son gré dans la faveur ou dans la disgrâce de son maître. La lecture du mé^ moire présenté, la flamme sur la tête, par le Grec affidé des Polonais, et les insinuations du favori, allumèrent la colère d'Achmet III. Il fit appeler 'le grand vizir du sérail pour lui retirer le sceau.

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