LIVRE TRENTE-HUITIÈME. 38lf
zones égales aux grandes puissances continentales et maritimes sous la souverainté nominale des sultans, aurait été moins insensé que ce morcellement en deux parts entre la Russie et TEgypte.
L'Autriche et l'Angleterre commençaient à le comprendre. La Russie elle-même, moins impatiente de conquérir que de bien mériter en ce mo^ ment des Turcs, protestait contre cette politique toute égyptienne du cabinet français ; elle se borna à signer avec la Porte le traité secret d'Unkiar^ke-^ léssi. Par ce traité, la Russie s'engageait à secotirif le sultan contre ses ennemis intérieurs et extérietirs, à son premier appel, et la Porte, en retour, s'en-» gageait à fermer les Dardanelles aux vaisseaux de guerre des autres puissances. Les Dardanelles devenaient ainsi une porte russe dont le sultan tenait les clefs pour son allié et pour son protecteur.
Méhémet-Ali, maître du Taurus, de la Syrie, de l'Arabie et de l'Egypte par la convention deKutaïah, négociait maintenant tantôt avec les puissances occidentales, tanlôt avec le sultan lui-même, pour obtenir l'investilure souveraine et héréditaire de ce vaste empire arraché par les armes aux Otto-
iiians. L'Autriche, l'Angleterre, la France ellemême, un peu refroidie par tant d'exigences, lui marchandaient ou lui contestaient cette hérédité. Le sultan, sûr de Tappui des Russes, se réToltait contre tant d'humiliations.
^léliémet-Ali employa, pour le séduire, les caresses après les outrages; il envoya, pour négocier et pour corrompre, la belle veuve de son flls Ismall, à Constantinople, auprès de la sultane Validé. La beauté, les trésors, l'éloquence de cette négociatrice échouèrent dans le harem contre les ressentimenls de Mahmoud. Zehra-Cadoun ne rapporta en £g}'pte que le refus du sultan.
La France, plus heureuse ou plus imprévoyante, arracha à Mahmoud l'hérédité de l'Egypte pour son protégé. Il voulait plus, l'hérédité de la Syrie; la France la négocia complaisamment, mais en vain pour lui. L'intérêt d'un pacha, parvenu de son échoppe eu Épire à la souveraineté du Nil, remua TEurope pendant neuf années.
La guerre éclata de nouveau eç 1838 entre la Porte et TÉgypte. Ueschid-Pacha, redevenu grand