LIVRE TRENTE-HUITIÈME
vizir et généralissime de Tannée rassemblée à Siwas, mourut dans son camp. Haflz-Pacha, brave, habile, mais malheureux, lui succéda dans le commandement de l'armée. Cent cinquante mille hommes s'avancèrent sous ses ordres dans la vallée de TEuphrate. Le ministère français du 12 mai, présidée par le maréchal Soult, ne partageait pas l'infatuation du ministère précédent pour Méhémet- Ali. Il envoya à Ibrahim un de ses aides de camp, M. Callier, officier aussi négociateur que militaire, pour observer et contenir le choc entre les deux armées.
Le 24 juin, Hafiz-Pacha attaqua avec impétuosité l'ennemi. Ibrahim, enfoncé par l'élan des Turcs, chercha vainement à ralentir la fuite qui remportait lui-même dans son torrent, quand Soliman- Pacha, son lieutenant, officier français nommé Sève, [laturalisé en Egypte, écrasa du feu de ses batteries les masses turques et sauva son général et l'armée. Ibrahim, ralliant ses colonnes éparses, revint au feu îvec les Égyptiens contre les masses turques labourées par la mitraille de Soliman-Pacha; les auxiiaires kurdes d'Hafiz décidèrent par leur fuite la léroute des Turcs. Hafiz, a son tour, entraîné malgré sa valeur par les escadrons rompus, abandonna e champ de bataille, ses tentes, deux cents canons,
vingt mille fusils jetés sur la plaine pour accélérer la fuite des lâches.
L'aide de camp du maréchal Soult, Callicr, arriva au camp des Égyptiens le jour de la bataille. Cet officier, admis dans la tente du vainqueur, parvint, à force d'insinuations et de menaces, 'à arrêter Ibrahim au pied du Taurus. La bataille de Nezib ne fut, grâce à ce négociateur habile du ministère français, qu'un exploit de plus pour Ibrahim, un revers de plus pour les Turcs. L'empire n-ea^t pas moins ébranlé jusqu'au centre. La vie du sultan, lasse de tant d'efforts et vaincue par tant de revers, y succomba.
Ses disgrâces auraient épuisé l'énergie vitale de dix réformateurs couronnés ; mais son corps seul fléchissait, non son âme. Il soutenait seul depuis trente ans Técroulement d'un empire qui tombait de vétusté et qu'il s'obslinait à rajeunir. La postérité seule était capable de le juger; comme les colosses abattus par les pasteurs de Persépolis, on ne devait bien mesurer ses proportions qu'à terre.
Laissons un moment le souverain sur la scène politique pour contempler l'homme dans l'intérieur de son sérail.