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LIVRE TRENTE-HUITIÈME

Retiré à Konïah dans un tékké (couvent de derviches) où il se croyait inviolable, il y reçut d'un capidji envoyé par le sultan Tordre de livrer sa tête. 11 tira son sabre et la disputa avec désespoir à ses meurtriers; mais sa tête, exposée dans le bassin d'argent à la porte du sérail, réjouit quelques jours après ses rivaux.

Le vizir le plus longtemps cher à Mahmoud après Halet-Effendi, Pertew-Pacha, subit le même sort. Exilé depuis quelques mois à Andrinople, il y attendait dans un studieux et poétique loisir le retour de sa faveur et de sa fortune. Le récit d'un des exécuteurs de son supplice nous révèle sa stoïque agonie.

« Au mois d'octobre 1837, un jour que Pertew sortait du bain, averti qu'Émin, pacha d'Andrinople, avait à lui communiquer des nouvelles de Stamboul, après une heure de repos, il fait seller sa mule et se rend au palais avec un de ses serviteurs. C'était à trois heures après-midi. Le pacha se leva et le fit asseoir près de lui sur le divan. On servit la pipe et le café, et à ce cérémonial succéda le silence. Jeune encore, fils généreux de Reschid-

Méliémet, le pacha ignorait Tart du bourreau, parfinnant longuement la victime de flatteuses paroles. Son respect pour le condamné^ son étonnement de la rigueur inusitée du sultan^ lui inspiraient une sort(». do terreur de sa mission. Pertew le premier rompit le silence.

(( Vous avez, m'a-t-on dit, des nouvelles de Stam- « Ixuil à nio communiquer? »

« A ces mots les traits d'Émin révélèrent sa donleur; sa langue balbutia, et, le cœur oppressé, incapable de signifier lui-même la sentence funeste, il lui remit le firman. Après Tavoir porté à sa bouche et à son front, Pertew déplia lentement le rescril impérial et le lut jusqu'au bout sans changer de visage. Ensuite il le replia, le plaça sous le ( oussin, et frappant dans ses mains pour appeler :

« Qu'on m'apporte une pipe, » dit-il avec calme.

(( Le pacha se taisait.

« Dieu m'est témoin , » proféra Pertew en laissant gravenient tomber ses paroles entre les aspirations régulières de la pipe, « Dieu m'est témoin a que j'ai toujoui^ servi avec zèle et dévouement tt le sullau, mon niaitre. Que son règne soit glorieux! a Je n'ai jamais travaille que pour le bien et lapro- « spérilé de Tempire. Mon cœur et mes mains sont tf purs ! Qu'Allah pardonne à mes ennemis 1 Laissez-

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