LIVRE TRENTE-HUITIÈME
bilieux. Gouverneur d'Egypte après Texpédition de Bonaparte, il osa lutter contre Méhémet-Ali , déjà populaire et puissant au Caire. 11 eut le pressentiment des calamités que ce futur rebelle préparait à sa patrie. Une inimitié, aussi durable que leur longue vie, éclata entre ces deux rivaux qui se disputaient rÉgypte, Kosrew-Paclia fut vaincu par la ruse et par l'or de Méhémet. Rappelé d'Egypte, il fut tour à tour capilan-pacha, sérasker, ministre de la police de la capitale, président du conseil des vizirs, grand vizir enfin lui-même, il partageait avec Hussein-Pacha l'horreur des janissaires et la passion des réformes militaires.
Père adoptif des deux jeunes pachas, Khalil et Saïd, qui se disputaient la faveur de Mahmoud dans ses dernières années, il obtint pour chacun de ces favorislamaind'unedesjeunessultanesfillesdeMahmoud. Dépouillé à quatre-vingts ans de ses honneurs que Mahmoud distribua à Khalil et à Saïd, ses gendres, Kosrew se retira sans disgrâce avec un traitement de quatre cent mille francs et une garde d'honneur de quarante hommes d'armes attachés à son palais. Le sultan, chaque fois qu'il reparaissait au sérail, le traitait en père plus qu'en ministre disgracié. Ses conseils gouvernaient encore le divan.
A la mort de son maître, ce fut encore la main
octogénaire de Kosrew-Pacha qui ressaisit et qui consolida le règne d'un enfant. Petit de taille, large d'épaules, lourd d'obésité, rude de traits, coloré de visafre, pénétrant de regard, éloquent de langage, Kosrew, que nous avons connu nous -même dans son àfre avancé, rappelait plutôt Tenfant des neiges du Caucase que Tliomnie d'Étal de l'Asie. Son principal moyen de crédit fut de discerner, d'élever, d'adopter, d'associer à ses idées et à sa fortune les jeunes gens désignés par leur intelligence pour être l'espoir de l'empire. C'est l'école de Kosrew-Pacha qui gouverne depuis quinze ans l'empire.
Mahmoud n'était point exempt, dans sa jeunesse, des soupçons trop souvent fondés contre les mœurs des princes asiatiques. Son entraînement vers la jeunesse et vers la beauté du visage de ses favoris avait fait calomnier ses plus irréprochables amitiés.
La passion sérieuse et exclusive qu'il nourrit pour une des odaliscjues de son harem dément ces rumeurs. On voit encore, dans la sombre allée des Eaux Douces d'Europe, le palais en ruine où il allait tous les jours (Pété se délasser, dans l'entretien de celte belle esclave , des soucis et des adversités de