LIVRE TRENTIÉMK
« Le czar est-il en démence? » demanda Achmct
au grand vizir. « Ce nouvel Alexandre rêve-t-il la
«conquête de l'univers? Châtiez à l'instant ce
a tschaousch. >»
Il ordonna à Kiuperli de comHler par des mesures fiscales, ui^entes mais iniques, le vide du trésor rempli naguère par Ali, mais déjà épuisé par la prodigalité du silihdar et de la sultane Validé. Kiuperli s'étant refusé à ces violences faites à la fortune publique, fut déposé et exilé à Négrepont.
Mohammed Baltadji, plus complaisant aux passions du sérail , reprit le sceau , remplit le trésor, rassembla en peu de semaines deux cent mille hommes dans le bassin d'Andrinople , et partit le 1" avril 1711 pour en prendre le commandement. «Que votre hautessc se souvienne, » dit-il à Achmet III en prenant congé de son maître, « que «j'ai été élevé pour fendre du bois avec la hache «et non pour combattre avec le sabre; je vais « tenter de servir avec dévouement l'empire ; mais « si je succombe, ne me rendez pas responsable « des revers. »
La Moldavie était le théâtre de la campagne qui
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allait s'ouvrir, lo khan des Tarlarcs y campait déjà avec cent mille cavaliers, allcndaiit le grand vizir. Ce khan, mécontent du grec Maurocordato, prince (le cette province, lit nommer à sa place le prince Cantimir, qui trompa bientôt la confiance des Turcs oX entretint des intelligences perfides avec les Russes. Le prince Brancovan , au contraire , qui gouvernait la Valachie , afficha du dévouement pour les Russes et les joua en faveur des Turcs : double trahison habituelle chez ces serviteurs dangereux de la politique ottomane, qui se vengeaient constamment de leur servilité par leurs intrigues.
Mais déjà le czar, s' avançant avec cent mille Russes de ses vétérans des guerres de Suède, dans le pays des Cosaques, lançait en avant de lui, dans la Moldavie, le prince Schérémétof, son meilleur général, avec vingt-cinq mille hommes et dix mille en Bessarabie. Les bords du Pruth, fleuve destiné à rouler si longtemps avec ses eaux le sang des Ottomans et des Russes , virent, pour la première fois , les canqis des deux races se rencontrer et se mesurer (le ro'il iVmui l'ive à l'autre. La fortune du czar >t!mbla hésiter au premier refianl devant la masse, la majiîstéet l'antiquité de la fortune des iils d'Otliman. Le czar se replia , adossé à des forets dont il ignorait la profondeur et les sentiers , devant Tin-