‹ Histoire de la TurquieChapitre 4 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

forcèrent le sultan à exiler le seul homme capable de dominer, par la pensée et l'énergie, ces convulsions, le caïmakam Kiuperli. L'exil le conserva ainsi à son maître et à sa patrie. Aussitôt que l'indignation du peuple et des oulémas contre les attentats des troupes eut laissé respirer le sérail, un vieillard, Ismaïl Pacha , reçut les sceaux de grand vizir. Mohammed, fils d'un corroyeur, fut élevé au poste de muphti. Le dernier aga des janissaires fut décapité devant ses soldats terrifiés par les bourreau* soutenus du peuple ; les meurtriers de Siawousch- Pacha, les janissaires qui avaient violé et mutilé sa femme et sa fille furent pendus sur l'Atméîdan ; la terreur rentra un moment dans les casernes d'où la révolution venait de sortir.

Pendant ces renversements, ces couronnements, ces exécutions alternatives, les Vénitiens achevaient presque sans obstacle la conquête et l'occupation de la Grèce et de l'Archipel . La Hongrie, la Bosnie, la Dalmatie, la Thessalie échappaient par lambeaux à l'empire ; l'Anatolie elle-même se révoltait ; le grand vizir, incapable par son âge de soutenir le trône d^une main, de relever les frontières de l'autre, céda la place, après soixante jours de pouvoir, à Moustafa, pacha de Rodosto, autrefois favori, puis bourreau volontaire,àBelgrade, deKara-Moustafa, sonbienfai-

leur. Ce nouveau vizir rappela de l'exil Kiuperli, et renvoya à Candie rétablir la subordination dans l'armée qui venait de massacrer Soulfikar-Pacha , son serdar et ses principaux généraux.

ATémesvirar , l'armée ottomane venait également de massacrer son pacha pour un retard de solde. Yegen- Pacha, un des chefs de la révolte de l'armée du Danube, marchait avec ses régiments sur Belgrade même pour y renverser le sérasker (généralissime) nommé par le divan, et le destituait insolemment par l'omnipotence de ses janissaires. Ces anarchies de l'armée du Danube firent tomber Belgrade sous l'assaut des Impériaux ; le prince Eugène de Savoie reçut à cet assaut sa première blessure. Au même moment, les Russes, sous le commandement du prince Galitzin, refoulaient jusqu'à Pérécop quarante mille Tartares qui infestaient la Volhynie.

Le sultan, consterné de la chute de Belgrade, se rendit à Andrinople pour surveiller les frontières d'Europe de plus près. L'armée, composée de nouvelles levées, le suivit. Le khan de Crimée, le plus constant et le plus puissant allié de l'empire, fut appelé à Andrinople; Soliman III lui confia la répression de Keduk Mohammed-Pacha, qui prolongeait, en Asie-Mineure, la rébellion des janissaires, et la vengeance contre Yegen-Pacha, qui entretenait, des

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