‹ Histoire de la TurquieChapitre 5 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

bords du Danube, une alliance séditieuse avec Keduk.

La paix avec rÂutriche devenait une nécessité dans une telle conflagration de Tempire en Europe et en Asie. Soliman III en confia la négociation à deux hommes éminents, que leurs longues relations avec les ambassadeurs de France et d'Angleterre avaient initiés à la politique de l'Europe, Soulfîkar- Efiendi et le grec Maurocordato, drogman ou interprète de la Porte. Arrivés à Vienne, ces deux plénipotentiaires ne s'étonnèrent point des exigences démesurées de la cour d'Autriche. L'ambassadeur de France, M. de Guilleragues, les avait avertis que Louis XrV allait faire passer le Rhin à deux cent mille hommes pour abaisser la maison d'Autriche. Ils savaient que cette puissance allait avoir à porter ses principales armées loin du Danube. Les demandes de l'Autriche consistaient dans la renonciation absolue, par la Porte, de la Hongrie, de l'Esclavonie, de la Bosnie , de la Servie, de la Transylvanie, de la Valachie, de la Moldavie, de la petite Tartarie, enfin de la Grèce et de la Dalmatie au profit de Venise, depuis Corfou jusqu'à Corinthe.

Ces restitutions imposées à la Porte semblèrent, par leur exagération, rendre son antique énergie au peuple ottoman. Constantinople retentit d'un cri de honte, les provinces coururent aux armes, le sultan déclara qu'il allait, à l'exemple de ses ancêtres, marcher lui-même pour être ou le vengeur ou le martyr de sa foi. Louis XTV fomenta ce mouvement de patriotisme, en promettant au divan, pour prix de la guerre soutenue avec constance, la possession de toute la Hongrie. Le sultan^ décidé à la lutte par cette alliance, s'avança d'Andrinople à Sophia, et, donnant là le commandement général de son armée àRedjeb-Pacha, le lança témérairement en Hongrie, sur la foi des astrologues qui lui promettaient la victoire. Pour raviver dans le cœur des Hongrois le souvenir et l'image de l'indépendance nationale, Soliman III avait arraché l'infirme Tékéli de son exil à Nicomédie, et le faisait suivre l'armée dans un chariot découvert, entouré d^une escorte de Hongrois qui rendaient à leur ancien prince les respects dus à la royauté. Tékéli, usé et podagre, se flattait de recouvrer un royaume pour ses enfants.

L'illusion fut courte. L'armée impériale, com^ mandée par le prince de Bade, sortit de Belgrade et attendit sur la Morava, antique théâtre de tant de défaites pour les chrétiens, l'inhabile général otto*

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