LIVRE TRENTIÈME
de sa campagne en Bessarabie et du mil*acle qui le conserva à la Russie.
Après avoir parcouru l'Europe, moins en souverain qui cherche des hommages, qu'en philosophe qui cherche des leçons et des modèles de civilisation, il était revenu à Moscou avec la passion de régénérer son peuple et avec la férocité de volonté nécessaire pour anéantir tous les obstacles qui s'opposeraient à son despotisme de civilisation. Le premier et presque le seul était le corps des Strelitz, oligarchie soldatesque, prétoriens de la barbarie, comme les janissaires étaient les prétoriens du fanatisme. Ses confidents lui ayant écrit que ces soldats, travaillés par la princesse Sophie, sa sœur, voulaient profiter de son éloignement pour lui enlever la couronne et pour la placer sur la tête de leur corruptrice, il arriva inopinément à Moscou.
Nous empruntons ici le récit dramatique et pittoresque du document secret dont nous avons parlé tout à l'heure.
a Cette nouvelle, » dit le favori du jeune czar, « obligea Pierre d'interrompre le cours de ses voyages pour revenir en toute diligence dans ses États,
suivi seulement d'un très-petit nombre de personnes. 11 arriva à Moscou sans y être attendu, et trouva toutes choses pacifiées par la prudence du général Gordon, commandant des troupes étrangères.
« Sur l'avis qu'il avait eu, que les Slrelitï, pour faire plus de diligence et ne se pas incommoder les uns les autres dans leur marche, s'étaient divisés en deux corps, et avaient pris deux différentes routes, Gordon se mit à la tète de douze mille étrangers recrutés et disciplinés avant son départ par Pierre le Grand, avec lesquels il alla au devant du premier de ces détachements, composé de dix mille hommes, qu'il surprit, battit, et dont il fit un tel carnage que sept mille restèrent sur la place, et les trois mille autres se dispersèrent et se sauvèrent dans différentes provinces.
a Le général Gordon, bien loin de se tranquilliser après l'avantage qu'il venait de remporter sur le premier des deux détachements, marcha, sans perdre de temps, à la rencontre du second, composé de sept mille hommes ; ceux-ci, informés de la défaite de leurs camarades, s'étaient retranchés dans une île environnée de marais ; il les y enveloppa et les contraignit à mettre basles armes. A peine furent* ils sans défense, qu'on les décima. Ceux sur qui le