‹ Histoire de la TurquieChapitre 45 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

père, nommé Fœdor Abrahamwitch Lapoukine, était puissamment riche et appartenait à la plus ancienne noblesse du grand duché de Nowogorod, Elle mérita par sa beauté la préférence sur plusieurs centaines de filles nobles qui furent proposées et présentées au czar, lorsque le conseil de ce prince le jugea en état d'être marié.

« C'était, dans ce temps-là, un usage établi en Russie, lorsque le czar était parvenu à Tâge nubile, de rassembler dans la grande salle du palais de Moscou les plus belles filles de l'empire. Les chefs de familles nobles tenaient à honneur d'envoyer, de toutes les provinces, leurs filles à Moscou, afin que le prince, après les avoir toutes considérées, fît choix de celle qui lui paraîtrait le plus à son gré. Ce fut dans une pareille assemblée que le czar Pierre I*", après avoir parcouru tous les rangs d'une infinité de jeunes demoiselles russes rangées en file, se déclara en faveur d'Eudoxie Fœdorowna Lapoukine.

« La bonne intelligence entre le czar et sa femme ne fut pas de longue durée. La czarine était intrigante, impérieuse et jalouse à l'excès ; le czar, de son côté, avait le caractère soupçonneux, l'humeur changeante et la complexion amoureuse ; il était, en outre, violent dans ses resolutions et implacable

du moment qu'il avait pris les gens en aversion. On voit que ces deux caractères n'étaient guère faits pour cadrer ensemble.

« Ce prince devint, dès la troisième année de son mariage, cpcrdûment amoureux d'une jeune et belle demoiselle nommée Anna Moëns, née à Mos* cou, de parents allemands. La czarinc Eudoxie, après avoir vainement persécuté cette rivale, fit éclater sa jalousie contre son mari, en lui refusant son lit et en s(î brouillant avec la czarine douairière, sa belle-mère. Il n'en fallut pas davantage au czar, aiguillonné tant par Lefort, son premier ministre et son favori, que par la belle étrangère dont il était amoureux. On le détermina facilement à mettre à exécution le projet, qu'il avait déjà formé in petto, de répudier sa femme et de la reléguer dans un couvent. Aussitôt que le czar avait commencé à se dégoûter de sa femme, il avait fait secrètement consulter les théologiens les plus renommés de son empire, pour savoir s'ils ne pourraient pas trouver quelque cause de nullité dans son mariage, afin d'être autorisé à le faire casser. Mais leurs réponses n'ayant pas été favorables à ses vues, il répliqua qu'ils étaient tous des ignorants, et que, s'il avait consulté pour son affaire à Rome, il y aurait certes trouvé de plus habiles conseillers.

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