LIVRE VINGT-NEUVIÈME. H
man. Nissa vit cette fois leur triomphée Dix mille Turcs périrent en quelques heures sur les rives de la Morava, sous le canon des Autrichiens. Les vainqueurs entrèrent sur les pas des fuyards à Nissa, boulevard fortifié de la Bulgarie. Soliman, à leur approche, sortit de Sophia, déjà insulté par leur cavalerie, et sacrifiant Redjeb-Pacha à sa superstition pour la destinée, le punit de sa défaite par la morte
L^urgence de faire face aux Français sur le Rhin et dans lePalalinat, empêcha la cour d'Autriche de poursuivre plus loin les débris des quatre-vingt mille Ottomans vaincus à Nissa. Cette cour avait besoin de la paix autant que la Porte elle-même. Les Tartares contenaient héroïquement deux cent mille Russes sur la ligne étroite et insurmontable de Pérécop ; les Polonais, plus capables de vaincre que de profiter jamais de la victoire, consumaient leur héroïsme contre eux-mêmes dans des factions intérieures ; T Autriche n'avait plus rien à espérer de ses alliés du Nord. Soliman 111, inspiré par Textrémité du péril, fit revenir de Candie le seul ministre capable de rappeler aux Ottomans leurs jours de fortune.
Le troisième Kiuperli était enfin nommé grand vizir. Le nom, ce pressentiment des hommes dignes de leur race, la vertu, le talent, la politique, le courage, Texpérience acquise dans les convulsions de sa patrie, l'éloquence, enfin le génie inné de la guerre, signalaient Kiuperli au patriotisme des Ottomans. Sa première harangue au divan fut le tocsin de la foi et de la patrie. Toute la politique des hommes d'État appelés dans des circonstances aussi extrêmes, est de ne pas désespérer du salut public; le plus confiant est le plus habile. Il promit le salut, et le salut naquit de sa promesse. Cinquante mille hommes, élite des vieilles troupes de l'empire , appelés par lui en peu de jours à Constantinople, partirent avec lui pour reconquérir Nissa et la Bulgarie. Vingt jours de siège arrachèrent cette porte de l'empire au comte de Stahremberg, le défenseur de Vienne.
Kiuperli parut huit jours après devant Belgrade. Une bombe, en allumant le magasin de poudre, ébranla la ville entière et fit écrouler un pan du rempart. Kiuperli s'y élança à la tête de ses colonnes ; il trouva la ville ensevelie à moitié sous ses propres décombres, et les Impériaux épouvantés cherchant dans les flots de la Save le salut contre le sabre des Turcs. Huit mille morts jonchaient la