‹ Histoire de la TurquieChapitre 50 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

maréchal Schérémétof, général des troupes russes. Frappé de la bcaulo de Catherine, dans la maison de M. Gluck, le général la retint prisonnière de guerre et la mit au nombre de ses esclaves. Elle était assez remarquable par sa beauté et par la richesse de sa taille pour qu'il l'eût distinguée au milieu de la famille de rarchiprêtrc pendant le temps que dura sa harangue, et il n'est pas éton*» nant qu'ayant appris qu'elle était de condition servile, il ait été tenté de se l'approprier, malgré elle et malgré les remontrances du superintendant. C'est ainsi qu'elle sortit de la maison de M. Gluck et qu'elle entra dans celle du feld-maréchal*

« Elle a avoué depuis que cette séparation, qui fut le premier échelon de sa fortune, lui avait causé beaucoup de peine. Outre qu'elle passait de la condition de domestique libre à celle d'esclave chez Un homme qu'elle ne connaissait pas, il était tout naturel qu'elle conservât de rattachement pour une famille dans le sein de laquelle elle avait été élevée, et il devait lui être douloureux de s'en voir séparée pour le reste de ses jours.

« Les preuves qu'elle a prodiguées, dans la suite des temps, de son extrême affection pour cette famille, n'ont pas été équivoques, et l'on peut dire qu'elle est, à cet égard, exemple de reproche d'in-

gratitude. Aussitôt qu'elle fut en état tle donner au superintendant des marques de sa reconnaissance, elle appela ses enfants à la cour de Russie, et les combla de biens et d'honneurs.

Je n'ai pas cru devoir omettre cette occasion de faire ressortir la noblesse des sentiments de Catherine ; mais ce serait en quelque sorte m'écarter du sujet que je me suis proposé, que de m'étendre davantage sur cette matière.

Suivons-la donc dans sa nouvelle condition.

« On sait le pouvoir des maîtres sur lesesclaves- Celui des Russes était si grand en ce temps-là qu'ils avaient sur les leurs droit de vie et de mort, sans la moindre forme de procès. On se doute bien que ce n'était pas pour tuer Catherine que le feld-maréchai l'avait prise. Elle s'en aperçut dès le premier jour qu'elle fut dans sa maison. Les sentiments de désintéressement ne sont guère en usage dans les pays où l'on admet le principe de l'esclavage ; Famour y parle en maître qui veut être obéi, et l'esclave est obligée de faire, par crainte et par soumission, tout ce qu'une violente passion lui inspirerait dans un pays libre.

« Il y avait déjà six ou sept mois qu'elle vivait dans cette maison, lorsque le prince Mentschikoff vint en Livonie pour y prendre le commandement

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