‹ Histoire de la TurquieChapitre 52 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

a présents. » Elle renvoya tout, à Texception d'une petite bague sans prix, a Je ne garde de lui que « cela , » dit-elle , « pour me faire souvenir des « bontés qu'il a eues pour moi ; quant à mon nouer veau maître, je ne veux pas de ses présents, j'ama bitionne de lui quelque chose de plus précieux. » Et en même temps elle fondit en larmes et s'évanouit, tellement que Pierre fut obligé de l'inonder d'eau de senteur pour la faire revenir de son saisissement.

a Lorsqu'elle eut repris ses sens, le czar l'assura que ces pierreries étaient un souvenir de Mentschikoff, qui lui faisait ainsi son présent d'adieu ; qu'il lui savait bon gré d'avoir agi de la sorte, qu'il voulait qu'elle l'acceptât, et qu'il se chargeait du remerciement.

« Cette scène s'était passée en présence des deux esclaves que Mentschikoff avait envoyés, et d'un capitaine aux gardes de Préobrajenski, qiie le czar avait fait appeler pour lui donner des ordres. L'aventure se répandit dans le public, et bientôt on ne s'y entretint plus que des attentions, égards et marques de considération que le czar avait pour cette femme. Personne ne le reconnaissait dans tous ses raffinements de galanterie avec elle ; cette conduite paraissait d'autant plus extraordinaire que , jus-

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qu'alors, ses façons d'agir avaient été extrêmement cavalières envers le beau sexe, en y comprenant môme les dames de la plus haute distinction.

a On augura de là qu'il nourrissait pour elle une passion sérieuse. En quoi on ne s'abusa point. Mentschikoff fut le premier à s'en apercevoir et à sentir combien cette femme, qui lui a été par In suite d'une si grande utilité, allait acquérir d'ascendant sur l'esprit du czar. Il y a donc lieu de présumer que, dans le magnifique présent qu'il fit à Catherine, il entra plus de politique que de véritable générosité.

a L'amour, quand il s'empare bien sérieusement du cœur d'un homme, en change tout le caractère. Jamais mortel, en matière de galanterie, ne s'était moins piqué que Pierre I" de discrétion et de constance.

« Sa passion pour Catherine fut la première , et pi^ut être la seule, qu'il traita avec un air de mys- Icre. Pendant le court séjour qu'il fit en Livonie, bien (]ue cette femme fftt dans son palais au su de tout le monde, et dans un petit appartement conligu au sien, il ne lui échappa jamais de s'entretenir d'elle, je ne dis pas devant tout le monde, maLs îuec ses plus intimes confidents.

« Lorsqu'il dut quitter cette province pour se

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