LIVRE TRENTIÈME. i
rendre à Moscou, il chargea un capitaine de ses gardes de l'y conduire avec tout le secret possible. Il lui ordonna d'avoir pour elle, sur la route, toutes les déférences imaginables et de la loger chez une dame prévenue à cet effet, recommandant avec instance qu'on lui donnât, chaque jour, pendant tout le cours du voyage , des nouvelles de sa chère Catherine.
« Cette dernière circonstance fit entrevoir au capitaine combien l'amour du czar pour la nouvelle favorite était profond et violent. En effet, il connaissait assez son maître pour savoir que, loin d'avoir jamais porté son attention jusqu'à ce point pour aucune autre femme, il se souvenait à peine, une fois parti, de celles même pour lesquelles il avait témoigné le plus vif empressement.
a Catherine , arrivée à Moscou , y vécut sans éclat, presque dans l'obscurité. Pendant deux ou trois ans, elle fut logée dans un quartier désert et éloigné du grand monde, chez une dame de bonne famille, mais de condition et de fortune médiocres; la maison avait peu d'apparence au dehors, mais beaucoup de commodité à l'intérieur. C'est de cette dame que je tiens la plus grande partie des détails que je vais rapporter.
« En installant sa maîtresse d'une façon si mo-
(losto, lo czar entendait, tenir son intrigue extrêmeinenl soerMe ; il ne vonhil môme pas qu'elle nouftt aucunes relations avec des femmes. Cet ordre était asstv/ du goùl de C4alherinej que son génie portait naturellement aux grandes choses, et nullement aux habitudes des pci'sonncs de son sexe.
« Dans les commencements, ce prince, essentiellement indiscret, métamorphose tout d'un coup en amant mystérieux, ne la voyait, pour ainsi dire, qu'à la dérohéi*, quoiqu'il ne laissât passer aucun jour ou, pour mieux dire, aucune nuit sans la visiter. \n\ heurtas où la ville était déserte, il s*y rendait incognito, suivi d'un seul grenadier, qui conduisait son traîneau. On jugera de la force de son amour par la contrainte qu'il s'imposa dans sa conduite.
« Ce prince était laborieux et n'avait pas peu d'aflaires. La nécessité où il se trouva de travailler, non-seulement pendant le jour, mais aussi dans les heures de la nuit, Tobligea cependant, par la suite, de se relâcher un peu sur le mystère de ses sorties nocturnes.
« 11 en vint peu à peu à recevoir ses ministres dans sa petite maison, s'entrelenant avec eux, en présence de Catherine, des affaires les plus importantes de rÉtat. Mais ce (|ue l'on aura de la peine