LIVRE TRENTIÈME
à se persuader, c'est que^ce prince, qui avait une assez triste opinion des femmes, et qui ne les croyait propres qu'à l'amour, en arriva à consulter Catherine, lorsqu'il était en désaccord avec ses mi- 'nistres ; il suivait ses avis, se rendait à ses raisons, et la traitait, en un mot, comme on raconte que Numa Porapilius traitait la nymphe Égérie. »
Les grandes qualités de jugement, de génie et d'âme, dont la nature l'avait douée, commencèrent ainsi à se manifester dans tout leur éclat. Ce fut de cet instant qu'elle éleva ses pensées jusqu'au trône..
Son mari, le traban des armées de Charles XII, fut d^uvert par les soins du czar, après la bataille de Pultawa, parmi les prisonniers suédois, amené à Moscou et transféré au fond de la Sibérie, pour y vivre et y mourir ignoré.
Catherine abjura la religion luthérienne, qui était celle de sa famille, et adopta la religion grecque. Le pope, qui venait de la baptiser, la maria en secret, immédiatement après la cérémonie, au czar. C'était l'époque où Louis XIV épousait en secret aussi madame de Maintenon, veuve d'un poëte burlesque, et bénie par la religion comme l'Esther de la France.
Vers ce .temps, Pierre le Grand, encouragé par
i08 HISTOIRE DE LA TURQUIE.
sa victoire sur Charles XII, se disposait à marcher avec cent quarante mille hommes contre les Turcs. Catherine le suivait dans sa campagne^ considérée encore comme la favorite et non comme Tépouse du czar. Accompagnée d'une ou de deux esclavesyf elle supportait toutes les fatigues et tous les dangers de cette guerre, renfermée pendant le jour dans une tente voisine de celle de Pierre, Elle n'en sortait que dans Tombre, pour lui donner les consolations de Tamour et les inspirations de son génie. Les officiers et les soldats la considéraient comme la providence cachée de Tarmée^ adoucissant les violences de l'emportement de leur czar et lui donnant les conseils du véritable attachement. Sa popularité parmi les Russes égalait son crédit sur le^
rzar.
Nous avons laissé Pierre le Grand , après une marche téméraire et une retraite inopportune, de l'autre côté du Pruth, enfermé dans la Vallée malheureuse par les deux cent soixante mille hommes de Mohammed Baltadji , auxquels il avait pei^ mis de passer impunément le Pruth et de cerner de toutes parts les Russes. Une batterie de canon