LIVRE TRENTIEME. lU
de l'empereur, qui, sur rouverture que sa leiiiuie venait de lui faire, avait déjà commencé à reprendre ses esprits ; il approuva jusqu'à ses moindres paroles^ et fit partir cet homme en toute diligence.
« A peine fut-il hors de la tente^ que^ resté seul avec elle^ et la regardant avec admiration, il lui dit :
o Catherine, Texpédient est merveilleux ; mais où a trouverons-nous tout l'argent qu'il nous faudra «jeter à la tète de nos ennemis, car ils ne se paye- « rout pas de promesses?
a Ici même 1» lui répliqua- t-elle. «J'ai mes « pierreries, et j'aurai, avant le retour do notre ente voyé, jusqu'au dernier sol qui est dans le camp. « Tout ce que je vous demande, c'est que vous ne <( vous laissiez pas al)altre, et que, par votre préci sence, vous ranimiez l(i courage de vos pauvres d soldats. Allons, venez vous montrer aux troupes. « Du reste, laissez-moi faire, et je vous réponds K qu'au retour de votre m«'ssager je serai en élat K d'accomplir les promesses qu'il aura faites aux i< ministres de la Porte , fussent-ils encore plus A avides qu'ils ne le sont. »
Le czar l'embrassa , suivit son conseil , sortit de la torpeur, se montia et passa au quartier du feldnaréchal Schérémétof . Pendant ce temps-là , elle
i {'1 HlSTOlHIi: DE LA TURQUIE.
nioiiU^ îi cheval, parcourt tous les rangs, àdi'esse la parole; aux soldats, s'entretient avec les ofticiers et l«'ur dit :
<x Mes amis, nous sommes ici dans une conjono « ture où nous ne pouvons sauver notre liberté qu'en « perdant la vie, ou en nous taisant im pont d'or. « En prenant le premier parti , qui est de mourir « (m nous défendant, tout notre or et nos bijoux <c nous deviennent inutiles; employons-les donc à « él)louir nos ennemis pour les engager à nous laisc< s(T i)asser. J'y ai déjà sacrilié une partie de mes « pierreries et de mon argent. Mais cela ne suffira « pas à contenter la cupidité des gens à qui nous « avons à faire. Il faut que chacun de nous se co- « tise, » disait-elle à chaque officier en particulier: « — Qu'as-tu à me donner? Livre-le-moi présente- <f ment. Si nous sortons sains et saufs d'ici , tu le « retrouveras au centuple, et je te recommanderai a au czar, notre père. »
Tout le monde, jusqu'au simple soldai, charmé (le ses grâces , de sa fermeté et de son bon sens, lui apporta ce qu'il possédait. On ne vit en un instant, dans le camp, que consolation et courage. Ces sentiments augmentèrent encore lorsque l'homme «|u'elle avait député secrètement au caïmakam revint :iv(»r.la réponse qu'on pouvait envoyer au prand vizir