LIVRE TRENTIÈME. ii
Catherine, dont il Tinstitua grande maîtresse. » Ils se rendirent à Pétersbourg, où on renouvela, pour ainsi dire, le couronnement par les cérémonies de la fête célébrée à leur retour.
L'empire retentissait encore, comme l'armée, du nom sauveur de Catherine, quand le hasard perça tout à coup Tobscurilé qui enveloppait aux yeux des Russes l'origine de cette princesse. Voici l'aventure ; elle eut lieu trois mois après le couronnement de Catherine.
« Un paysan, valet d'écurie dans une auberge de Courlande, étant ivre, se prit de querelle avecd'autres gens de sa condition, non moins ivres que lui. Un envoyé extraordinaire du roi de Pologne, qui, en revenant de Moscou, pour s'en retourner à Dresde, s'était arrêté par hasard dans ladite auberge, fut témoin de cette querelle. Il prêta l'oreille, et entendit un de ces ivrognes qui, tout en jurant contre les autres, marmottait entre ses dents que, s'il voulait dire un seul mot, il avait des parents assez puissants pour les faire repentir de leur insolence.
« Le ministre, surpris du discours de cet ivrogne, s'informe de son nom et de ce qu'il peut être. On lui répond que c'est un simple paysan polonais, valet d'écurie dans la maison, et qu'il s'appelle Charles Skawronsky. Il regarde attentivement ce
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rustre, et, à force de le considérer, il trouve dans ? l'assemblage de ses traits grossiers u^e fessemr: < blance lointaine avec ceux de rifppératricc Catherine, quoique ceux-ci fussent si délic^lç q^p jamais aucun peintre n'a réussi son pprlf^it.
«Frappé de cptte vague ressemblance, aussi bien que des discpurs du paysan, l'pijvpyé extraordinaire en badina, innpcen)^lento^ malicieusement, dans une lettre qu'il écrivit, sur les lieux, à l'un de ses amis, attaché à la cour de Russie. Ce billet parvint, je ne sais comment, à la connaissance dp c^ar. Il prit sur ses tablettes les renseignements spécifiés dans la bttre, et les transmit ^p prince Repnip, gouverneur de Riga, avec ordre, sans lui dire pour quelle fin, de faire chercher le nommé Charles Skawronsky, d'imaginer un prétexte pour le faire Vejiir à Rjga, de se saisir de sa personne, et de l'expé^ dîer en toute bâte à la chambre de police de la cour, en qualité d'appelant d'îiR jwgen^pnj rendu contre lui à Riga,
« Le prince Kepnin exécuta les ordres du czar au pied de la lettre. On lui apiena Charles ^awfonsky. 1} fît semblant d'instrumenter juridiqi^en)e|:}t contre Itii, sous préfexte d'une q^pri^e, et l'envoya à la cour sons bonne garde, î^vcc le$ pré? tpn4fJfis if^fqfm^fion^ faites contre $a per^onug, .
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f «t Cet homme, arrivé à la cour, ^e présenta devant I le lieutenant général 4epoliçej q^j^ ay^f |,ejiipt dii çzar, |}^ traîner r^affaire ep lqngueur> Pt Tl^iïjit le solliciteur d'un jeur à Tautre, afin de rpx^mjpeF plus à sp|i aise et de rendre u^ compte pxac(. de ses découvertes. Ce pauvre étranger se dése§pprait dç ne pas voir la fin de son affaire. Il ayait, à $pq insfi, des mpuçhies^ ^es trousses; on le faisait ja^^rj ^^^ sur les discours qu'oi^ lui i^rrachait, on ppér^il^; i?H Cqurlafide, dei^ Perquisitions secrètps, ppir Ipçqijf^Hp^ on découvrit clairempfltqvj'i} é^it le propre frèrfi (jfi l'impératrice Catherine.
« Qus^nd le çzar eji f^t biep as^ifré^ on ^t insir nqer àC^ar|ps Skawrpps^y, par le^ mpuc|ie^ de son cntourjagg, qu'il faljaif, ppi^qu'jl ne poijv^}t obtepjr justice du lieutenant général de poliçp;^ qu'il pr^r sentât URp reqfiêtp au czar enpersonniBf On lui asspra qu'on lui procurerait à cet effet la protection de gens haut placés, quj, en lui facilitait les mpyeus flp parler au prince, appuyeraien), eq mênie tepips 1^ justice de sa cause.
« Cepx qui conduisaient cette pptite intrigue demandèrent au czar quapd et oif jl voulait qij.'on lui. amenât cet individu. Il réppndit q^'j} ir^ft Ip, jour même dîner incognito c]ïei un de ses fnaître^ d'hôtel, npoiipé Phapiloff, et qpe l'pn fît pp sprte
in HISTOIRE DE LA TURQUIE.
que Charles Skawronsky s'y trouvât à Tissue du diner. On n'y manquapoint, et, lorsqu'il fut temps, on le fit furtivement glisser dans la chambre où était le czar.
<( Il reçut la requête et examina le suppliant tout à son loisir, pendant qu'on faisait mine de lui expln quer l'afTairc. Les réponses de Skawronsky aux questions multipliées du czar, quoiqu'un peu eiU' harassées, furent cependant assez claires pour faire connaître à l'empereur que cet homme était indubitahlement le frère de Catherine.
« Sa curiosité étant pleinement satisfaite sur ce point, il congédia brusquement ce paysan en lui disant qu'il verrait ce qu'on pourrait faire pour lui, et qu'il eût à revenir le lendemain à la même heure. Étant à souper le soir avec Catherine, il lui dit :
« — J'ai dîné aujourd'hui chez Chapilofif, notre « maître d'hôtel; j'y ai fait une chère délicieuse. « C'est un compère qui se traite bien. II faut, Ca- « therine, que je t'y mène quelque jour. Âllons-y « demain. »
c( La czarine répondit qu'elle le voulait bien.
a — Mais, » dit-il, a il faut faire comme j'ai fait
« aujourd'hui, le surprendre au moment qu'il sera
« prêt à se mettre à table, et nous y rendre seuls.»
a Le projet fut arrêté le soir et exécuté le lende*