‹ Histoire de la TurquieChapitre 7 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

place. Kiuperli profita de l'effroi des Autrichiens pour passer le fleuve et conduire des renforts et des munitions dans Témeswar. Cinq cents janissaires, conduisant chacun un cheval chargé de sacs de farine, allèrent rendre la vie aux trois mille soldats affamés dans cette forteresse. La faim était si dévorante, que les assiégés se jetaient sur le convoi, déchiraient les sacs et collaient leurs lèvres sur la farine avant qu'elle fût pétrie et cuite dans les fours de l'armée.

Toutes les îles du Danube, Essek elle-même, rentrèrent sous la domination du vizir. Tékéli, de son côté, suivi de son ancien peuple et fortifié de seize millejanissaires, écrasait, dans les défilés de Témeswar,le général autrichien Heusler, le faisait prisonnier et reprenait un moment la supériorité en Transylvanie. Kiuperli, proclamé le vengeur de l'empire, rentrait à Andrinoplepour se préparer à une seconde invasion de Hongrie, quand la mort de Soliman III suspendit dans l'empire toute action à l'extérieur.

Il mourut en saint comme il avait vécu, prince plus fait pour conquérir le ciel que pour relever le trône. Le seul mérite de son règne fut d'avoir discerné le grand ministre qu'il laissait après lui à la monarchie. Achmet II lui succéda sans crise dans le sérail.

Adimet^ frère du sultan décédé, était un de ces prior/^ que la ProTidence, dans les empires héré^ ditairef», semble donner en dérision aux monarchies. Inr:apablc de pensée, de volonté, de parole, instrument passif dans les mains de ses favoris, de ses femmes, de ses ministres, il se bornait, dans le divan ou dans les solennités publiques, à répondre à tout par une sorte de balbutiement banal accomp^mé d'un hochement de tète où Ton croyait distinguer les mots de kosch! kosch! (c'est bon! c'est bon ! ) réponse invariable dans sa bouche, qui approuvait, sans les comprendre, le bien et le mal dont il avait à peine le discernement.

Quelques jours avant le départ de Kiuperli pour le Danube, les favoris obscurs du sultan et son kislaraga , jaloux de l'ascendant du grand vizir sur l'armée qui attendait de lui de nouvelles gloires, insinuèrent à leur maître que Kiuperli méditait de le détrôner et de couronner à sa place Mustapha , fils de Mahomet IV. Le crédule sultan donna son assentiment ordinaire aux calomniateurs de son vizir ; il ordonna au kislaraga de l'appeler au sérail sous prétexte d'affaires urgentes et de

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