‹ Histoire de la TurquieChapitre 61 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

a monde fut saisi de frayeur en le voyant entrer. Il a était pâle comme la mort, et avait les yeux étin- « celants et égarés. Son visage et tout son corps « étaient agiles de tremblements convulsifs. »

a II se promena plusieurs minutes dans la chambre, sans dire mot à personne, et en jetant des regards affreux sur ses filles, qui, effrayées et tremblantes, s'esquivèrent tout doucement et se réfi^ gièrent, aussi bien que le reste de la compagnie^ dans une autre chambre.

a L'empereur tira et remit plus de vingt fois dans le fourreau le couteau de chasse qu'il portait ordinairement à son côté. Il en frappa les murailles et la table à plusieurs reprises, en faisant dès grimaces et des contorsions si affreuses, que la petite demoiselle française, qui, seule, n'avait pu encore s'esquiver, ne sachant où se mettre, se cacha sous la table, où elle resta jusqu'à ce qu'il fût sorti. Cette scène muette dura près d'une demi-heure, pendant laquelle il ne fit que souffler, taper des pieds et des poings, jeter par terre son chapeau et tout ce qui se rencontrait sous ses mains. Enfin, en sortant, il tira la porte avec tant de violence, qu'il la brisa.

« Fort heureusement pour l'épouse adultère, l'empereur mourut sur ces entrefaites. Sans ce dénoûment imprévu, Catherine eût infailliblement

m HISTOIRE DE LA TtJftOUIE.

péri, tôt où tard, victime des trop jtistéà griëfb de son mari. Telle est du moins ropihion unanime dé ceux qui approchaient le plus souvent là personne de Pierre I*' et qui connaissaient le mieux son caractère.

a Néanmoins il ne partit pas pour Tàutrë inonde sans avoir satisfait sa vengeance, si ce n^esten totalité; du moins en partie. Il Texerçst sur Pâmant d'une manière complète, en lui faisant coiiper la tète pour des crimes supposés. t)ix ou douze Jours après l'exécution, il contraignit Pimpératrice à traverser la place, sur laquelle étaient encore exposés le corps et la tête de ce malheureux, celle-ci plantée dans un pieu, et il dirigea sa promenade de façon à lui faire toucher Péchafaud avec les plis de sa robe. Catherine était d'autant moins préparée & cet horrible spectacle que l'empereur lui avait proposé, en sortant de son palais, de la mener dans un quartier éloigné, où ils faisaient souvent des promenades dans un traîneau découvert. Il poussa la cruauté jusqu'à la regarder fixement pendant tout le temps qu'ils mirent à traverser la place; mais elle eut assez de fermeté pour retenir ses larmes et ne lémoi-^ gner aucune émotion.

« Je sais que cette aventure a donné lieu, tant en Russie que dans d'autres pays, de sou|)çonner Catbe-

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