‹ Histoire de la TurquieChapitre 64 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

le czar envoya dire au soldat de cesser ces mauvais traitements, ordonnant qu'on fit monter l'enfant près de lui, dans le but de s'en amuset quelques instants. Il parut devant le czar sans se décontenancer le moins du monde, et répondit à ses questions avec une bouffonnerie si spirituelle que Je jeune monarque l'incorpora dans ses pages et lui fit revêtir à l'instant les insignes et le costume de son nouvel office.

« Mentschikoff, ainsi transformé, parut si aimable aux yeux du czar, qu'il l'attacha au service de sa chambre, et vécut désormais avec lui datis une amitié étroite.

« Ce favori devint tellement inséparable de son souverain, qu'il l'accompagnait partout, même au conseil d'État, où il hasardait quelquefois d'émettre son sentiment d'une manière grotesque et comique, certain de complaire à son maître.

«Les ministres eux-mêmes, connaissant jusqu'où allait cet ascendant incroyable, s'en servirent en bien des occasions pour insinuer au prince, naturellement méfiant et obstiné, leurs propres résolulions, ou pour vaincre des répugnances qui, faute de celle ruse, eussent été invincibles.

a Mentschikoff, quoique illettré (il ne savait ni lire ni écrire), était né avec de l'esprit naturel et

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sédait su L le la li n'est

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parler gou\ i it et ra mer d'affaires politiques, il s'y fa( Qa si bien qu'il parvint aux plus grands honneurs et aux digni es les plus élevées de l'empire de Russie . Il fut successivement créé knes ou prince de l'empire russe, premier sénateur, feldmaréchal et chevalier de l'ordre de Saint-André.

« La haute idée que le czar avait conçue de la capacité de Mentschikoff, jointe à la confiance qu'il lui inspirait, portèrent ce monarque à le constituer régent de l'empire, aussi souv Qt que ses affaires et son goût naturel pour les vc ;es le déterminèrent à s'absenter de ses États.

« Mentschikoff profita des avantages de sa position pour acquérir des biens immenses, tant dans son pays qu'au dehors. Il possédait une si grande et si prodigieuse quantité de terres et de seigneuries dans l'empire de Russie, qu'on y disait communément qu'il pouvait aller depuis Riga, en Livonie, jusqu'à Derbend, en Perse , en couchant toujours dans quelqu'une de ses terres. On comptait, dans rénumération de ses domaines, plus de cent cinquante mille familles de paysans ou esclaves, termes synonymes en langue russe.

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