‹ Histoire de la TurquieChapitre 65 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME. U

« Ce ne fut pas seulement en Russie que Mentschikoffacquit des biens et des honneurs, le crédit qu'il exerçait sur l'esprit de son maître lui en attira de la part de tous les princes d'Allemagne et du Nord.

« L'empereur Charles VI le fit prince de l'empire romain et lui donna le duché de Kosel, en Silésie. Les rois de Danemark , de Prusse et de Pologne le nommèrent chevalier de leurs ordres, et attachèrent à ces titres des pensions considérables,

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« Après la mort de Catherine, le petit-fils de Pierre le Grand, jusque-là délaissé, fut proclamé empereur sous le nom de Pierre II. Le premier soin de Mentschikofi*, en profond politique, fut d'exagérer, auprès du jeune czar, le service qu'il venait de lui rendre, et de lui inspirer de la défiance contre son peuple et contre la cour. Il lui dit que sa vie courait des dangers ; il parla de complots possibles, et l'assura que sa personne ne serait en sûreté que s'il remettait entre ses mains fidèles la plus grande autorité possible sous le titre de vicaire général de l'empire et de généralissime des armées ; la patente était toute prête, elle fut aussitôt expédiée. Après quoi.

i34 HISTOIRE DE 1.4 TURQUIE.

Mentschikoff procéda, sans pierdre d^ 0mpSy aux fiançailles de sa fille aînée avec le çzar.

a La cérémonie fut célébrée sans aucune pppor sition manifeste de la part des sénateurs p|; autr^^ grands officiers de la couronne. Ils y assistèrent saiïs oser donner la moÎAdre lîi^rque extérieiirp de ipécontentement. Pour parvenir à pe but sans coup férir, il avait éloigné d^ J'^dmiuistration 4ps affairps et de la cour tous ceuif des seigueurs russes qui n'avaient pas bien dissimulé leurs sputin^puts d'op^r position et de répugnance. Il en relégua plusieurs en Sibérie pour des crimes supposés ; mais, soit qu'il ne connût pas bien les intentions du prince Dolgorouki et du comte Ostermauu^ qui, par çmnle ou pour gagner du temps, faisaient semWaut rt'apr prouver ses desseins, soit qu'il 1^ «uppos^t fi^f^ influence, il n'entreprit rien cputre eux. •

« Il y a quelque apparence de croira qu'il m ]i^ redoutait pas, car il ne leur parlait jamais qu'en maître absolu. Il conservait cet air impériaux $¥#6 le czar ; il le gênait dans sas plaisirs, mêma le3 plu9 innocents, et ne lui laissait aucune commuQÎqaUoa avec les personnes qu'il avait le plus aOecliounéai. En un mot, Meutschiliotr gouvernait l'empire fxm^ avec un despotisme mille fois plus tyranniqud qu^ n'avait jamais fait aucun souverain légitima.

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« lien était arrivé à penser que les wesiires qu'il avait prises pour aflermir sa puissance ne po)^ vaieqt plus rencontrer d'obstacles de Ja part d^^ homnuss, et il p'était occupé que des préparatife du mariage de sa fiEe avec le c^ar, lorsqu'il tomli» assez dangereusement malade pour faire douter §'il en échapperait. Pendant ce lemps-Jà, ceux à qui il avait confié la conduite de son pupille et futur gendre, laissèrent u» peu plus de liberté au jeune prince.

c( Ils permirent que la princesse Eli^betfi et les jeunes princes Dolgorouki vinssent quelquefois le visiter. Comme ils étaient à peu près de son âge, il trouvait naturellement plus de goût dans leur conversation que dans les ainusemeuts sérieux que Mentschikofflui procurait.

a La familiarité s'établit peu à peu entre eux, au point que le jeune czar ne pouvait plus se passer de leur compagnie; mais à peine Mentschikoif fut^il rétabli, qu'il recommença à veiller de près sur la conduite et les familiarités de son futur gendre ; il trouva mauvais qu'on eût permis à la prince^^ Elisabeth de voir si fréquemment ce jeune monarque ; il fit entendre à cette aimable tante qu'une telle assiduité n'était pas dans les convenances, et qu'elle devait borner ses visites aux jours de cérâ-

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monie. ijuani aux seniimeiits d'amiûé que le osar faisait paraître pour le jeune Ivan Dolgorouki, il n'en prit aucun ombragCj ne supposant pas le père assez hardi pourenLreprendre quelque aven ture, ni le fils assez délié pour inspirer au czar, naturellement timide, la résolution de s'affranchir de la contrainte dans laquelle on le tenait.

« Mentschikoff fut la dupe de sa pénétration en cette circonstance ; car, si le père et le fils n'étaient point de grands esprits aventureux, ils avaient toutes les qualités requises pour bien conduire une intrigue concertée par de plus habiles qu'eux. Le comte Ostermann, ministre aussi hardi qu'éclairé, savait à quoi s'en tenir sur ce sujet. Il n'attendait qu'une occasion propice pour leur inspirer le dessein de perdre Mentschikoff, qu'il haïssait sincèrement, et cette occasion, il crut la trouver dans un voyage que celui-ci fit à Péterhoff avec le czar, en vue de parties de chasse organisées pour le divertissement du jeune prince.

« Sans perdre de temps, Ostermann alla chez tous les sénateurs et principaux officiers des gardes, pour sonder leurs cœurs ; et, comme il rencontra partout des dispositions conformes aux siennes et une haine violente contre la tyrannie de Mentschikoff, il leur communiqua son projet et endoctrina

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