‹ Histoire de la TurquieChapitre 8 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME. i

rimmoler au moment où il franchirait le seuil du palais. Un muet de Tappartement intérieur, caché derrière les rideaux de la porte, étonné du long entretien du kislaraga et de son maître, entr'ouvrit les rideaux et comprit, aux gestes et aux paroles, qu'il s'agissait de l'exécution du grand vizir. Dévoué secrètement à Kiuperli, le muet courut au palais du vizir et l'avertit par signes de l'attentat concerté contre sa vie.

Kiuperli, déjà à cheval pour se rendre au sérail, en descendit aux signes du muet, répondit au sultan que les affaires de l'armée le retenait dans son di* van, et convoquant à l'instant chez lui l'aga des janissaires et les généraux, leur révéla la conspiration de cour contre sa vie et leur demanda avec résignation « s'il devait livrer sa tête à la jalousie d'un face vori sans mérite, ou la conserver au salut du trône, < à l'armée et à l'empire. »

Un cri d'indignation générale contre le kislaraga lui répondit; sa vie était la victoire et le gouvernement dans un seul homme. L'armée, instruite de ce crime prémédité contre son généralissime, se contint à peine sous la main du grand vizir. Kiuperli s'excusa plusieurs jours encore de paraître au sérail, sous prétexte d'apaiser ces mouvements périlleux pour le sultan. Le kislaraga , trahi par le muet ,

sentit que les troupes n^ésiteraient pas entre lui et Kiuperli^ etque sa propre tète^ sacrifiée par Àchmetll à la nécessité^ tomberait aux pieds du vizir quUl avait voulu assassiner par la main de son maître; il s'enfuit, pendant la nuit, du sérail , emportant ses trésors au fond de l'Egypte, sa patrie.

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Cent mille hommes animés de la certitude de vaincre suivirent le grand vizir à Belgrade. Le prince de Bade, appuyé par soixante et dix mille hommes sur la forteresse de Peterwardein, dans la plaine ouverte du Danube, s'avança en hésitant jusqu'à Semlin. Il trouva la ville déjà occupée par l'armée ottomane et se replia sur Salenkemen , château ruiné sur les rives du fleuve. Kiuperli l'y suivit et intercepta impunément sous ses yeux les renforts qui sortaient de Peterwardein pour le rejoindre. Cinq mille Impériaux tombèrent sous le sabre des spahis. Mais au moment où l'intrépide vizir chargeait luimême, le sabre à la main, à la tète des janissaires, des retranchements du prince de Bade, sur les étages du château de Salenkemen, une balle dans la tempe lui enleva à la fois la victoire et la vie.

Sa chute de cheval, à la vue de ses soldats, ré-

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