‹ Histoire de la TurquieChapitre 72 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

« A peine arrivé au lieu de son exil, Mentschikoff ne songea qu'aux moyens d'en adoucir la rigueur : il fit abattre des bois propres à bâtir une maison plus commode que la cabane sibérienne qu'on lui avait assignée pour logement. Non-seulement il y employa les huit paysans qu'on lui avait permis d'emmener avec lui, mais aussi il mit luimême la main à l'œuvre, en travaillant de la hache comme les autres. Il commença par la construction d'une chapelle, à la suite de laquelle il ajouta un vestibule et quatre chambres, dans l'une desquelles il logeait avec son fils. Ses filles étaient dans la seconde. Il mit les paysans dans la troisième; la quatrième servait à renfermer des provisions. La fille aînée , qui avait été fiancée avec le czar Pierre II, avait soin, conjointement avec son esclave, d'apprêter la nourriture de la petite colonie. La cadette, qui fut mariée avec M. deBiren, duc de Gourlande, raccommodait les bardes , lavait et blanchissait le linge, et était aidée dans ce travail par un esclave* « Un ami charitable, dont ni Mentschikbfl* ni ses enfants n'ont jamais su le nom , parvint à leur envoyer de Tobolsk un tauriiau, quatre vaches pleines et des volailles de toute espèce, avec lesquelles il forma une basse-cour. Il fit aussi un jardin suffisant pour entretenir sa famille de légumes pendant tout

le cours de Tannée. Il obligeait les gens de sa maison à assister tous les jours à ta prière^ qui se faisait régulièrement le matin, h midi et à minuit, dans sa chapelle.

« Mentschikoff avait déjà passé six mois sans témoigner aucune inquiétude d'esprit, lorsque ses enfants furent attaqués de la petite vérole. Sa fille aînée fut la première atteinte ; à défaut de médecin et de prêtre, il lui tint lieu de l'un et de l'autre, et, après avoir vainement employé les remèdes qu'il croyait convenables pour la guérir, il l'exhorta à la mort avec un courage aussi chrétien qu'héroïque.

«Elle lui répondit que, bien loin d'être effrayée du passage de cette vie à l'autre, elle désirait que ce moment arrivât le plus tôt possible. Le ciel exauça sa prière; elle expira entre les bras de son père, qui n'en témoigna sa douleur qu'en tenant son visage collé pendant une minute sur celui de sa fille; puis, se tournant vers ses autres enfants, il leur dit:

« — Apprenez , par l'exemple de votre sœur , à « mourir sans regretter les choses de ce monde. »

» Ensuite il entonna et chanta, avec les gens de la maison , les prières que , selon le rit grec , on a coutume de réciter pour les morts. Lorsque vingtquatre heures furent écoulées, il la fit enlever du

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