‹ Histoire de la TurquieChapitre 73 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

grabat où elle était morte et transférer à la chapelle, où elle fut inhumée en sa présence.

« Le frère et la sœur de cette infortunée princesse ne tardèrent pas à être attaqués à leur tourde cette terrible maladie. Mentschikoff les soigna avec tant de zèle, de persévérance et de courage, qu'on peut dire qu'il les arracha à la mort. Mais à peine furent-ils hors de danger, que le malheureux père, épuisé de fatigue et miné par la douleur, fut pris par une fièvre qui le mit en peu de temps à la dernière extrémité.

« Un jour , se sentant au plus bas, il appela ses enfants et leur dit avec une tranquillité parfaite : « — Je touche à ma dernière heure : la mort « n'aurait rien que de consolant pour moi, si, enpaa raissantdevantDieUjje n'avais à lui rendre compte « que du temps que j'ai passé dans cet exil. La rai- « son et la religion, qûej'ai négligées dans ma pro- « spérité, m'ont appris que si la justice de Dieu est a infinie, sa miséricorde, en qui j'espère, ne l'est « pas moins. Je me séparerais du monde et de vous « bien tranquille, si je n'avais donné que des exem- «pteT'de vertu. Vos cœurs, exempts jusqu'à préce sent de la corruption , sont encore dans un état « d'innocence que vous conserverez mieux au mia lieu de ces déserts qu'à la cour. Si vous y retour-

« nez jamais, ne vous souvenez que des exemples « que je vous ai donnes dans ce séjour. Mes forces (c s'en vont; approchez, mes enfants, que je vous « donne ma bénédiction. »

« 11 voulut allonger la main, mais au même instant sa tête retomba sur son épaule, et il lui prit une légère convulsion dans laquelle il expira. Ses enfants le firent enterrer dans la chapelle, à côté de sa fille^ suivant le désir qu'il en avait témoigné plusieurs fois pendant les derniers jours de sa vie.

«Après la niorl du prince Mentschikoff, PofGcier sous la garde de qui on avait mis ces infortunés fut le premier, pressé par un sentiment de compassion, à diriger ces enfants dans la manière la plus avantageuse de faire valoir rétablissement commencé par leur père; il leur accorda un peu plus de liberté qu'ils n'en avaient auparavant, et leur permit, outre quelques promenades, d'aller de temps à autre entendre l'office divin à Iakoutsk.

« Dans une de ces excursions, la princesse Mentschikoff aperçut, en passant près d'une cabane sibérienne, un homme dont la tête se montrait à travers la lucarne de cette cabane ; elle n'y fit pas grande attention, le prenant pour un pauvre paysan moscovite, eu égard à sa longue barbe et à la forme de son bonnet. Elle observa pourtant que cet homme,

Page 1