‹ Histoire de la TurquieChapitre 75 sur 360 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

« couronne. Mais comme nous nous sommes trom- « pés ! A peine couronnée, nousn'avons trouvéenelle « qu'un monstre de cruauté. Dans le but d'affermir « sa puissance, elle nous a exilés pour des crimes « imaginaires, espérant sans doute que nous ne « supporterions pas les rigueurs de notre sort. « Pendant tout le voyage, on nous a traités comme a les plus infômes scélérats ; on nous a laissé man- « quer du nécessaire, et nous en manquons encore. « J'ai perdu ma femme en chemin, et ma fille se « meurt ; mais j'espère, malgré la misère où je « suis, vivre encore assez longtemps pour voir, à if son tour, en ce lieu, à cette place, cette femme, « un monstre qui sacrifie les plus illustres familles « de la Russie à l'ambition et à l'avarice de trois « ou quatre brigands étrangers, ses amants et ses « complices. »

« Quand la princesse Mentschikoff vit que Dolgorouki entrait dans une telle fureur qu'il ne se connaissait plus et semblait ne plus se posséder, elle se retira au plus vite et regagna sa maison. La, en présence de son frère et de l'officier à la garde duquel ils étaient confiés, elle raconta la rencontre incroyable qu'elle venait de faire et les étranges nouvelles qu'elle avait apprises.

« Toujours animé d'un esprit de vengeance contre

i56 HISTOIRE DE LA TURQUIE,

los Dolgorouki, le jeune Menlsehikoff écouta avec un grand plaisir le récit des revers essuyés par ses ennemis, et blâma sa sœur de ce que, au lieu de s'enfuir avec tant de précipitation, elle n'était pas restée plus longtemps, afin d'en apprendre davantage, et ensuite lui cracher au visage comme il le méritait. Ayant ajouté, dans la chaleur de son discours, qu'il n'en serait pas quitte à si bon marché s'il trouvait l'occasion de le rencontrer, cet cmpor- IcnuMit lui attira une réprimande de la part de rofticicr, leur gardien.

« Souvenez-vous, » lui dit-il, « des sentiments « qui remplissaient l'àme de votre père. Il n'a cessé (( de vous prêcher l'oubli des injures. Vous lui avez « juré, à son lit de mort, que vous pardonneriez à « vos ennemis, ne manquez pas à votre serment. ((I)\iilleurs, » ajouta-t-il, « si vous persévériez « dans vos desseins de vengeance, je me verrais « forcé d(i vous rcpnîudre la liberté que je vous ai « donnée. »

« C(» fut peu de temps après cette rencontre que la czarine Anne l^vano^vna, prenant en pitié les mallKîurs et Tinnocence de ces deux jeunes gens, \o\]v accorda grâce pleine et entière. A peine eurentils îippris cette heureuse nouvelle, ils coururent à Téglise d'Iakoutsk pour élever leur âme à Dieu et

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