LIVRE TRENTIÈME
« pourvue de bestiaux, volailles et autres provisions « qui nous ont été envoyés par des amis inconnus. « Reçois-les d'aussi bon cœur que nous te les aban- « donnons ; tu peux dès demain en prendre posses- « sion, car nous partirons de grand matin. »
« Effectivement ils se mirent en route le lendemain de très-bonne heure pour Tobolsk, capitale de la Sibérie. Il ne leur arriva sur la route rien qui mérite d'être rapporté, si ce n'est qu'ils gardèrent leurs habits de paysan depuis Iakoutsk jusqu'à Tobolsk. A Moscou, on eut peine à les reconnaître, tant on les trouva changés de toute manière.
« La czarine les reçut avec des démonstrations de plaisir et de bonté ; elle s'attacha la princesse Mentschikoff en qualité de demoiselle d'honneur, et la maria ensuite avec M. de Biren, lils de M. de Biren, grand chambellan de Russie , et depuis duc de Courlande.
a Dans l'inventaire des biens et papiers du feu prince Mentschikoff, on avait appris qu'il avait des sommes considérables dans les banques d'Amsterdam et de Venise. Le ministère russe avait fait plusieurs tentatives pour retirer ces sommes, mais les directeurs de ces banques, inviolablement attachés aux usages de leur pays, refusèrent toujours de se dessaisir de l'argent appartenant au prince Ments-
iftO HISTOIRE DE LA TURQUIE.
chikofTy jusqu^à ce qu'ils fussent certains que ei prince ou ses héritiers étaient en liberté et maître d'en disposer. On prétend que cet argent, qui s montait à plus de cinq cent mille roubles, a sen |)our la dot de madame de Biren, et que c'est cctlc circonstance que le jeune prince Mentschikol a dû la place de capitaine^lieutenant des gardes d la c/arine. On lui restitua d'ailleurs la cinquantièm partie des biens que son père possédait en fonds d lerre. »
r LIVRE TRENTE ET UNIÈME,
Mohammed-Bal tadji venait d'illustrer et de forlilier l'empire par k plus glorieuse paix qu'un grand vizir eût jamais signée le sabre à la main. Il recueillit, en arrivant à Constantinople, le prix ordinaire de tous les services qui dépassent la reconnaissance des nations. L'opinion lui reprochait injusiement de n'avoir pas exterminé l'armée russe et ramené le czar captif aux Sept-Tours. Les calomnies de Charles XII et de l'envoyé polonais Poniatowski trouvaient un peuple crédule pour les adopter, un favori envieux pour les envenimer dans
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rame d'Achmot III. Ce prince connaissait tro] les vertus du fendeur de bois pour les admettre mais il rcchercliait trop la popularité des Otto mans pour déclarer innocent celui que le préjug j)ublic déclarait coupable. Il exila le grand vizi dans Tîle d(î Leninos.
Un Géorgien sans talent, nommé Yousouf, ancie] aga des janissaires, lui succéda pour garder le post j)lutot que pour le remplir, pendant que le favoi attendait le moment d'y monter. Baltadji ne tard pas à mourir à Lemnos, soit de poison, soit de vieil lesse, soit d'ingratitude. Une prédiction à laqueU il avait toujours prêté ibi lui annonçait qu'il sera (mseveli dans un même tombeau avec le gran poëte mystique, lu scheïk Missri de Lemnos. La foi lune vérifia l'augure ; le fendeur de bois et le poël y reposent sous le même cyprès,
Le kiaya des Baltadjis, Mohammed Othmau-Ps clia, accusé plus directement que le vizir de s'ôti laissé corrompnî par Tor des Uusses et par les b gurs de la czarine Catherine, expia par la mort ! son[)(;()n de Tarméiî. On ne trouva après lui dai son trésor que d<uix mille ducats et l'anneau c