‹ Histoire de la TurquieChapitre 80 sur 360 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

Turcs qui l'assiégeaient en vain par terre et par mer.

Lesultan voulut jouir lui-môme de son triomphe, et distribua des récompenses sur les ruines du fort de Palamëde, qui couvre la ville. Coron, Navarin, Modon, sur le continent, les derniers châteaux vénitiens dans rtle de Crète, capitulèrent dans l'été de 1715. Venise, recula jusqu'au fond du golfe Adriatique.

Ces succès sans revers sur l'Archipel et sur le continent de la Grèce, attestèrent, dans le jeune favori d'Achmet, des talents qui légitimaient sa faveur. La sagesse de son administration au dedans égalait sa vigueur au dehors ; il combattait d'une main et réformait de l'autre. On lui doit l'interdiction de mutiler les enfants nègres en Egypte, pour en faire des eunuques, et l'adoucissement des supplices à Constantinople. Nul coupable sous son gouvernement ne fut exécuté sans jugement. L'empire, par son impulsion, reprit, depuis Bagdad jusqu'à Azof, le nerf détendu sous les administrations précaires de ses prédécesseurs.

Ce fut au milieu de cette paix et de cette prospérité de l'empire, ouvrage de son gendre, que la sultane Validé, veuve de Mahomet IV et mère d'Achmet m, mourut, pleine de jours et de puissance au sérail. La belle esclave de Retimo, élevée au trône

par ses charmes, tombée du trône avec Mahomet IV, dans le vieux sérail où elle avait langui huit ans, régnait de nouveau depuis vingt ans sous ses deux fils Mustapha II et Achmet III. Deux mosquées, construites par sa piété sur les collines de Galata et de Scutari, portent son nom et gardent sa mémoire aux Ottomans. Nulle femme, après Roxane et la sultane Kœsem, ne régna aussi longtemps par son époux ou par ses fils sur les Ottomans.

Tant de fortune enivra, éblouit enfin le jeune vizir. Il refusa d'accepter la médiation de TAutriclie, offerte, par le prince Eugène de Savoie, aux Turcs et aux Vénitiens, pour arbitrer leurs différents et délimiter leurs possessions en Morée. Le |)rince Eugène se fondait, pour revendiquer cette médiation, sur les clauses du traité de Carlowitz, où l'Autriche avait garanti implicitement les conditions faites à la république par ce traité. Le grand vizir se refusa énergiquement à reconnaître aucun droit pareil crintcrvention aux Autrichiens dans nno. guerre où les Vénitiens étaient les agresseurs. Il parla élo(juenunent au divan dans ce sens, et, rassemblani tous les généraux et les juges d'armée

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