LIVRE TRENTE ET UNIÈME
au palais de Daoud-Pacha devant le sultan, il ouvrit une discussion qui atteste dans le ministre la défé<rence, dans le conseil la liberté qu'on s'étonne de retrouver dans le gouvernement appelé improprement despotique. L'objet de la discussion était la paix ou la guerre avec l'Autriche.
« Elle s'ouvrit par la lecture d'un manifeste rédigé par le grand vizir lui-même. Ce manifeste tendait à démontrer qu'aucune stipulation précise ou indirecte du traité de Carlowitzu autorisait l'empereur à prêter secours à la république de Venise, en cas où cette puissance serait en guerre avec la Turquie; que celui-ci avait par conséquent violé la paix, et qu'on devait lui déclarer la guerre. Le muphti décida qu'il devait en être ainsi. Le grand vizir demanda alors aux généraux s'il devait se rendre à Corfou, dont on avait depuis longtemps déjà résolu de faire la conquête, ou s'il devait se diriger vers les frontières d'Allemagne. Ils répondirent tous que le grand vizir devait prendre le commandement en chef et marcher contre les Allemands, parce que ceux-ci ne ressemblaient pas aux autres infidèles et étaient des ennemis redoutables.
« Des hommes pusillanimes, » dit le grand vizir, « représentent la puissance de l'ennemi de la foi « comme plus grande qu'elle n'est réellement, et
no HI STOIRE DE LA TURQUIE.
« ils découragent par là les musulmans. N'est-il pas « juste et conforme aux lois, trcs-venérablemuphti, « de faire mourir de pareils hommes, traîtres envers « l'empire et la n^ligion, qui essayent ainsi de se « soustraire aux fatigues de la guerre? Ce n'est pas (( sur le contenu d'une simple lettre que nous la « commençons cette guerre ; nous n'en faisons que c( l(»s préparatifs, et nous marcherons sur Belgrade. « Si les infidèles franchissent d'un seul pas les fronce tières ottomanes, nous les repousserons; en atlen- <i dant, nous avons donné les ordres les plus sévères « aux commandants des frontières, afin que la paix ce ne soit pas violée. »
«Le grand vizir ajouta qu'il avait résolu d'envoyer le b(\i:lorheg de Diarbekir, Kara-Mustafa , à Corfou, et il leur demanda ce qu'ils eu pensaient. Les généraux, ([ui voyaient bien que la détermination du grand vizir était arnMée d'avance, aimèrent mieux gai'der le silence que de s'entendre appeler ennemis de l'empire et de la religion, s'ils osaient émettre une opinion contraire à la sienne.
«C'en est assez pour aujourd'hui, » dit le grand visir en terminant; « réfléchissez cette nuit, et si « Di(;u le veut, trouvez-vous tous demain, vers midi, « au conseil qui doit se tenir à Daoud-Pacha, en pré- « sence du padischali. »