II. — Restauration de Moustapha I*r. — Amurat IV
— Guerre de Perse.
Moustapha, rétabli sur le trône, fut pendant quinze mois le jouet de la soldatesque. Les meurtriers d'Osman ne tardèrent pas à se repentir de leur crime ; ils étaient cependant les maîtres absolus de l'État, et disposaient, selon leur caprice, des charges les plus importantes. Mais ceux d'entre eux qui s'étaient opposés au meurtre du sultan se révoltèrent, et on ne les apaisa qu'en leur faisant de continuelles distributions d'argent ; les sipahis, à leur tour, se firent concéder les fermes publiques et frappèrent les liraars de nouvelles taxes. Enfin, les provinces d'Asie, soulevées par le pacha d'Erzeroum, et une tentative de révolte par les oulémas de Constant inople , augmentèrent l'anarchie universelle. Les
janissaires eux-mêmes virent l'abîme où l'empire descendait et nommèrent un grand vizir, qui proposa de déposer le sultan et de lui donner pour successeur Amurat, fils aîné d'Achmet. Ils applaudirent, et, instruits de l'épuisement du trésor, ils renoncèrent an présent d'avénement : Amurat IV fut proclamé (1623).
Le nouveau sultan était né en 1612. Sa jeunesse semblait assurer l'impunité aux usurpations et aux insolences des soldats. En effet, pendant les dix premières années de son règne, les janissaires et les sipahis continuèrent d'opprimer l'empire. Pendant ce temps, la Perse étendit ses conquêtes : Schah-Abbas s'empara de Bagdad (1623), et les Osmanlis tentèrent vainement de reprendre cette ville. Le pacha d'Erzeroum persista dans sa rébellion jusqu'en 1628, où il reçut le gouvernement de Bosnie. Dans la Crimée, les Tar tares se soulevèrent également ; les Ottomans furent vaincus et pris en si grand nombre , qu'un prisonnier turc se vendait pour un verre de boza (sorte de boisson d'orge fermentée) (1624). Tous ces revers avaient pour cause l'esprit de faction et d'indiscipline qui régnait dans l'armée. Enfin, Amurat se lassa de porter le joug; lorsqu'il vit les janissaires et les sipahis forcer les portes du sérail et égorger sous ses propres yeux ses plus fidèles serviteurs, il comprit que, pour échapper au sort de son frère Osman, il avait besoin d'effrayer les rebelles par son énergie et son audace. « C'est bien, dit-il; si Dieu le permet, vous subirez les effets d'une terrible vengeance, oppresseurs qui ne craignez pas Dieu et ne vous humiliez pas devant le prophète! » II les frappa de terreur par le meurtre de leur chef, Redgcb-Pacha : le cadavre du traître, égorgé par les eunuques blancs, fut jeté devant la porte du sérail (1632).
C'est à ce moment que commence le véritable règne d'Amurat IV. Les janissaires et les sipahis prêtèrent serment de fidélité. Le sultan, le grand vizir, le mufti, déclarèrent supprimées les survivances des sipahis aux places d'administrateurs, d'inspecteurs, de collecteurs et de scribes, et proclamèrent la promesse faite par les janissaires et les sipahis de maintenir l'ordre public. • Mon