ET D'IBRAHIM
§ I. — Règnes de Momtapha Jcr et d'Osman 7/(1617-1622).
Achmet eut pour successeur son frère, Moustapha I« r . Ce prince était prisonnier depuis quatorze ans dans l'intérieur du harem ; sa captivité l'avait complètement abruti; mais les oulémas, qui espéraient gouverner sous son nom, donnèrent son idiotisme comme un signe de sainteté.
Le commencement de son règne fut marqué par de graves insultes faites à l'ambassade de France. Un seigneur polonais, qui était enfermé aux Sept-Tours, s'étant échappé de sa prison par le secours du secrétaire de Sancy, le vizir accusa toute l'ambassade française d'avoir favorisé cette fuite; il fît arrêter violemment
(!) Ranke, Histoire des Osmanlis.
IIISTOIHE DE LA TUHQL1E
P ambassadeur et ses gens, mit ses secrétaires à la torture et l'envoya lui-même aux Sopt-Tours « Tu n'es pas le premier ambas- I sadeur, lui dit-il, qui ait été logé dans nos prisons, mais tu seras le premier à qui on aura donné la géhenne. ■ On ne put obtenir sa délivrance qu'au bout de quatre mois , moyennant une rançon de 15,000 piastres, et en laissant en otage les gens de l'ambassade. De plus, le vizir s'en prit, dans sa colère sauvage, aux autres ambassadeurs; il les força à rester prisonniers dans leurs maisons et fit crier publiquement que tout musulman qui les trouverait hors de Péra devrait les conduire en prison ; enfin, il mit des taxes arbitraires sur les marchands chrétiens. La cour de France, à la nouvelle de ces outrages, rappela le baron de Sancy et envoya un gentilhomme, M. de Naus, pour demander satisfaction, avec menace de rupture. Mais le sultan était déposé et le vizir étranglé quand de Naus arriva. En effet, il y avait à peine trois mois que Moustapha était sur le trône, quand une révolte des janissaires l'en renversa et le remplaça par son neveu Osman, fils d'Achmet, aux acclamations des soldats (1618). Les troupes gagnèrent à ce changement une gratification de 6,000,000 de ducats. |
Osman avait quatorze ans à peine; il avait été élevé moins i comme un prince que comme un derviche, et son rigorisme religieux devait lui rendre difficile le gouvernement d'un État cor- I rompu. Dès son avènement, il s'empressa d'envoyer à Paris un h chiaoux avec des lettres d'excuse signées de lui, du grand vizir, du kapoudan-pacha, pour assurer au roi de France qu'à l'avenir son U ambassadeur serait honoré et respecté comme par le passé. Sancy, k qui persista dans son rappel, fut chargé d'offrir des présents à Louis XIII. \
Le règne d'Osman ne présente pas d'autre événement rcmar- [ quable qu'une guerre sans résultats contre la Pologne : il y prit part en personne. La paix fut signée en 1620 ; les janissaires, par ^ leurs exigences, en hâtèrent la conclusion. Le sultan ne déguisa ^ point ses rancunes contre ce corps indiscipliné; il songea môme à le ^
MOUSTAPHA icr ET OS.MAN II
supprimer, et à cet effet, il ordonna des levées en Asie. Une révolte éclata : en vain il annonça qu'M allait entreprendre un pèlerinage à la Mecque, les janissaires forcèrent les portes du sérail et tirèrent de sa prison l'imbécile Moustapha, qu'ils proclamèrent padischah. Osman, tombé aux mains des rebelles, essaya vainement de les attendrir. « Pardonnez-moi, leur disait-il en sanglotant, si je vous ai offensés sans le savoir. Hier, j'étais souverain ; aujourd'hui, je suis nu. Que je vous serve d'exemple : vous aussi vous éprouverez les caprices du sort... Mes agas des sipahis , et vous les plus anciens des janissaires, mes pères, par imprudence de jeune homme, j'ai prêté l'oreille à de mauvais conseils ; pourquoi m'humilicr ainsi ? Ne voulez-vous donc plus de moi ? — Nous ne voulons ni de ta domination ni de ton sang, » répondirent les rebelles. On le traîna aux Sept-Tours pour l'étrangler ; il se défendit longtemps ; enfin, un des bourreaux lui passa le lacet autour du cou ; on envoya une de ses oreilles à la sullane-validé. Ainsi périt le premier empereur ottoman que ses sujets aient assassiné (1622).